Le prix social et humain sur la facture des cosmétiques

02/02/2018

Les cosmétiques sont omniprésents dans notre quotidien. Synonymes d’hygiène et de bien-être, ils sont perçus comme étant inoffensifs. Néanmoins, ce bien-être a un coût environnemental, sanitaire et social avéré non négligeable et encore mal connu...

Dans ce 3ème article, d'une série de quatre articles rédigés par des éco-conseillers en formation, nous vous invitons à découvrir les impacts sociaux liés à la fabrication des cosmétiques...


Des produits au coût social avéré...

Dans un rapport d’Amnesty international publié en novembre 2016, la production d’huile de palme en Indonésie est pointée du doigt. En effet, l’ONG dénonce des « violations systématiques des droits humains » de l’entreprise Wilmar, le géant de l'huile de palme qui emploierait des enfants dans ses plantations, des femmes travaillant «pendant de longues heures» pour moins du salaire minimum local, soit 2,50 dollars par jour (2,30 euros), ou encore des ouvriers «souffrant de graves lésions liées à un pesticide hautement toxique» et «contraints à travailler sans tenue de protection adaptée». Pourtant, une législation encadre le travail en Indonésie, mais elle n’est pas appliquée. Les multinationales comme Colgate, Procter & Gamble ou encore Unilever qui commercialisent des produits fabriqués à base d'huile de palme produite en Indonésie continuent de profiter de ces pratiques illicites. A cette catastrophe humaine, WWF en Indonésie ajoute que la culture de l’huile de palme détruit un million d'hectares de forêts chaque année.

Cela n’est pas sans rappeler un autre désastre humain en Colombie. Daabon, producteur colombien d’huile de palme durable, et fournisseur pour 90% de The Body Shop, première entreprise à s'engager dans la filière durable en 2007, avait expulsé de ses terres 123 familles de petits paysans pour faire de la place à la culture d'huile de palme sur le terrain de « Las Pavas ». « Le rapport révèle que Daabon ne pouvait ignorer le litige qui entourait le terrain de Las Pavas ». A cause de difficultés juridiques dans cette affaire, Daabon n’a pas été reconnu coupable, les autorités ont simplement désapprouvé les procédés employés. Une série de recommandations a été fournie par The Body Shop pour parvenir à une solution au profit des communautés locales de Las Pavas, que Daabon n’a toujours pas respecté deux ans plus tard.

Très répandue dans les produits cosmétiques, l’huile d’argan, cultivée dans le sud-ouest marocain, est depuis une dizaine d’année l’une des huiles les plus chères du monde. La filière argan fait vivre deux millions de personnes et est vue comme un modèle de développement durable. Le projet de l’union européenne « arganier » a injecté 6 millions d'euros entre 2003 et 2010 pour l’amélioration de la situation des femmes en milieu rural et la gestion durable grâce à la mise en place de coopératives de femmes pour produire l'huile issue d'une forêt classée « réserve de biosphère » de l'Unesco. Cependant, cette filière lucrative, boostée par une demande croissante, n’est pas aussi exemplaire qu’elle ne veut paraître : les femmes qui concassent les noix, pour le compte d'entrepreneurs ou dans les coopératives, ne touchent qu'entre 3 et 6 euros par litre d'huile, alors qu’elle est vendue 160 euros le litre sur le marché international (soit 27 à 54 fois plus cher). Les grossistes s'approvisionnent auprès des paysannes isolées qui n'ont pas le pouvoir de négocier la valeur de ce qu'elles livrent. Les laboratoires pharmaceutiques européens en sont les premiers bénéficiaires. L’envolée des prix ne permet plus aux femmes berbères d’utiliser l’huile d’argan, traditionnellement utilisée en cuisine et en cosmétique.

L’impact de la fabrication des produits cosmétiques sur l’environnement de la santé et des hommes questionne de nombreuses entreprises qui veulent s’engager concrètement pour le développement durable.

Des pratiques plus green… au greenwashing

Maîtriser son impact environnemental est devenu un enjeu majeur dans le développement des produits et des processus de fabrication. Les entreprises de la cosmétique se tournent désormais vers des techniques de fabrication plus efficaces pour réduire les déchets et les émissions de gaz à effet de serre et ainsi améliorer leur empreinte environnementale.

Le groupe L’Oréal s’oriente dans cette direction, en souhaitant maîtriser son impact environnemental. Entre 2005 et 2014, alors que sa production augmentait de 22%, L’Oréal diminuait de 50% ses émissions de gaz à effet de serre et veux atteindre un "bilan carbone neutre" d'ici à 2020. C’est-à-dire capter autant de CO2 qu'il en émet - soit 400 000 tonnes – en installant par exemple des fours plus économes en bois au Burkina Faso pour la production de beurre de karité ou en luttant contre la déforestation au Brésil et en Indonésie. Pour sa production, il cherche à diminuer sa consommation d’eau et réduire sa production de déchets de 60% d’ici 2020. "Les coûts sont infimes par rapport aux bénéfices qu’on en tire du point de vue du comportement de l’entreprise et même de la motivation des collaborateurs", assure Jean-Paul Agon, PDG de L’Oréal.

L’exemple de L’Occitane vient également illustrer cette tendance responsable. Cette entreprise familiale de cosmétiques “naturels” conventionnels prend aujourd’hui une ampleur internationale tout en continuant à privilégier les matières premières locales françaises, comme la lavande ou l'immortelle Corse, plante sauvage aux vertus anti-âge. Cette fleur jaune, fait l'objet depuis 2004 d'un programme impliquant huit agriculteurs-distillateurs, pour une surface de 50 hectares. Seule exception à ces filières locales, le karité, cependant issu d’une filière éthique et qui fait vivre 16.000 femmes au Burkina Faso.

La demande de cosmétiques éthiques, biologiques et écologiques est en hausse depuis plusieurs années et montre le renforcement des attentes des consommateurs, qui exigent des pratiques responsables dans l’élaboration de leurs produits de beauté et de bien-être. Malheureusement, ces pratiques s’apparentent trop souvent davantage à du greenwashing qu’à une volonté sincère de bouleverser la filière cosmétique en profondeur.

Soucieux des risques pour l'environnement et pour leur santé, 43% des Français ont déclaré avoir acheté au moins un produit cosmétique ou d'hygiène bio au cours de l'année 2015 (baromètre de l'Agence Bio / CSA). En 2016, cela représentait 4,3% de part du marché des cosmétiques, soit un chiffre d’affaire de 480 millions d'euros. La croissance de ce marché tourne autour de 10%, contre 1% pour le secteur de la cosmétique conventionnelle en France. La tendance du marché cosmétique semble se confirmer puisque beaucoup de marques du conventionnel se tournent désormais totalement ou en partie vers le bio. C’est le cas d’Yves Rocher, connu comme un des leaders de la cosmétique dite naturelle en France, qui a lancé depuis quelques années une gamme bio. Yves Rocher continue malgré tout de produire des cosmétiques qui contiennent des ingrédients de synthèse controversés. C’est là tout le paradoxe de ces marques qui commercialisent à la fois des cosmétiques conventionnels et bio.

De nombreux fabricants surfent sur la vague du bio et proposent des cosmétiques dits verts, alors que la part de “bio” dans leurs produits relève plus de la campagne marketing, voire de la publicité mensongère. La réglementation est encore trop peu encadrante et permet certains débordements, que l’on nomme le greenwashing. De plus, il y a une confusion entre les termes “naturels” et “bio”. Le terme naturel désigne toute matière extraite de la nature, cela ne signifie pas qu’elle est exempte de pesticides ou bio, ni qu’elle est présente dans de grandes quantités dans un cosmétique. Un cosmétique peut par exemple contenir du beurre de karité ou de l'huile d'argan (matières premières naturelles), mais être conservé avec des substances de synthèse. Ou encore, l’emballage peut annoncer la présence d’un ingrédient naturel et/ou bio, mais à un pourcentage ridiculement petit. Valérie Lemaire, responsable des cosmétiques chez Ecocert remarque : “il existe déjà beaucoup de produits qui se disent naturels, alors qu’ils ne contiennent qu’1% de plantes”, d’où la nécessité, au travers de labels, de définir des règles restrictives afin que le consommateur soit assuré du contenu des cosmétiques qu’il achète.

 Marie-Laure RUPPEL & Christophe KENDZIERSKI

 

Liens vers les autres articles sur les cosmétiques :

" Les cosmétiques sont-ils des produits vraiment sains ? "
"
Les cosmétiques, des produits propres pour l'environnement ? "  
Cosmétiques : Les labels qui (dés)orientent le consommateur ! "

 


 

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Dossier de "Que choisir"

 

Le mica, l'industrie cosmétique
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Huile de palme dans
les produits cosmétiques…
Faut-il vraiment l’éviter
à tout prix ?
Article du site
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THE BODY SHOP rompt 
son contrat avec DAABON
site Novethic.fr

 

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Site Novethic.fr

 

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Attention au greenwashing
Site quechoisir.og

 





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