Parole de la promo 30 - Entreprise délivrée, libérée

6/11/2017

Le « stress » au travail coûterait 3 à 4% du PIB des pays industrialisés selon une étude récente de l’OIT (Organisation Internationale du Travail).
Les salariés touchés sont souvent en souffrance psychologique. Accidents du travail, absentéisme et licenciements pour inaptitude en découlent.
Les pratiques managériales sont directement pointées du doigt. La hiérarchisation des structures et le renforcement des contrôles des tâches du personnel favoriseraient le désengagement des salariés.

 

Philosophie d’entreprise

En réaction à ce malaise, la notion de bien-être au travail prend de l’ampleur, et le concept de l’entreprise libérée se positionne comme une solution face à ce constat. Isaac Getz, auteur de « Liberté & Cie », vendu à plus de 40 000 exemplaires, a popularisé ce concept.

Il repose sur la possibilité pour chaque salarié de pouvoir prendre des initiatives au sein de sa structure. Cela permet de responsabiliser le collaborateur et d’instaurer un climat de confiance. Ce système induit une participation collective dans laquelle la créativité de chacun s’exprime par l’épanouissement au travail, la finalité étant l’accomplissement d’un objectif commun à tous sans tenir compte de la manière de l’atteindre.

Dans une interview donnée au Figaro Magazine le 3 juillet dernier, Isaac Getz précise :
« Le taylorisme est un modèle. L'entreprise libérée est une philosophie qui repose sur des croyances liées à la nature humaine :

  • que les gens préfèrent la confiance au contrôle,
  • que chacun ait des dons,
  • que les hommes et les femmes préfèrent s'autodiriger que d'être dirigés. »

 

Un concept à l’épreuve du réel

Les entreprises libérées ne sont pas nombreuses. Nous avons d’abord rencontré des entreprises se revendiquant du mouvement mais n’ayant en réalité que travaillé sur la convivialité. Nous avons finalement rencontré une véritable entreprise libérée dans la banlieue sud de Strasbourg. On vous raconte :

PHILIBERT est une entreprise de vente de jeux de société à domicile. Véritable caverne du père Noël, leur entrepôt de 2500 m² recense plus de 25000 références. Chaque jour 50 employés y travaillent pour que 500 commandes soient préparées et expédiées à travers le monde. On entre chez PHILIBERT par un grand bureau où 15 personnes s’affairent. Vincent V. notre guide nous présente chaque collaborateur, évoquant lson rôle dans l’entreprise et ses passe-temps en dehors du travail. Pas de titre, ni de fonction. L’entrepôt, lui, est calme ; les préparateurs de commande déjeunent au soleil dans un salon de jardin qu’ils ont fabriqué avec des palettes. Après cette rapide visite on s’installe dans une salle de réunion pour comprendre ce qui fait de PHILIBERT une entreprise véritablement libérée. Il y a quelques années, 5 employés ont racheté l’entreprise au gérant de l’époque. Nous apprenons que nous en avons croisés certains pendant notre visite. Bien difficile de dire qui : rien ne les différencie des autres. Pas de bureau séparé, ni de costard ou de voiture de fonction. Ne se sentant pas l’âme de patrons, ils ont décidé que les employés sont les plus à même de prendre des décisions les concernant. Selon un des employés actionnaires,« ils sont les mieux placés pour savoir ce qu’il faut faire ». Ces patrons décomplexés n’ont pas peur de parler de bonheur au travail comme objectif.

L’organigramme de l’entreprise, s’il existait, montrerait que chacun est autant décideur qu’acteur. Les décisions sont le fruit de discussions, ce qui peut parfois les ralentir. Par exemple, les emplois du temps ont été décidés entre employés. Pas de pointeuse : les employés s’arrangent entre eux. Et ils sont plus exigeante entre eux que s’ils avaient des comptes à rendre à un supérieur. Les embauches sont aussi décidées par groupe d’employés. Si les préparateurs souhaitent avoir un collaborateur de plus, ils s’occupent du recrutement sans passer par un directeur des ressources humaines.
Le salaire le plus élevé est égal à 3 fois le salaire minimum, et les augmentations de salaires sont décidées par l’ensemble des employés. Chacun est ainsi responsabilisé.

Chacun peut aussi proposer un projet pour l’entreprise en présentant son idée sur le réseau social interne. Un groupe se constitue volontairement autour de l’idée si cette dernière plait. Les membres du groupe bénéficient alors d’un aménagement de leur agenda pour se consacrer au projet.

 

En guise de conclusion

L’organisation de PHILIBERT est ainsi en mutation perpétuelle. Loin des projecteurs, cette entreprise se crée autour de valeurs qui semblent lui réussir. Le concept d’entreprise libérée y a trouvé un écho particulier, sans doute car le terreau y était favorable. Effectivement, PHILIBERT est en croissance, le nombre d’employés est relativement limité, et le capital est détenu par des collaborateurs. On peut donc se demander si cette philosophie d’entreprise serait transposable à des structures de plus grande taille. L’entreprise industrielle FAVI, de 500 employés dans le Nord-Pas de Calais, se positionne elle aussi comme une oasis au milieu du désert. Depuis les années 1980, elle a montré le succès de l’approche libérée dans un contexte qui semble pourtant plus difficile.

 

Sylvain CHEVREUX & Charles THOUNY

 


 

Pour aller plus loin

 


 

Liberté et compagnie

Livre "Liberté & cie :
Quand la liberté des salariés
fait le succès des entreprises
de Isaac Getz & Brian Carney

 

La-souffrance-au-travail-Carsat-Normandie

Nos sources
(Données chiffrées)

 

Philibert, le spécialiste du jeu de société : une entreprise

Vidéo de France 3 
Philibert, le spécialiste <
du jeu de société :
une entreprise "libérée"

 





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