Parole P29 : Vers la reprise de l’exploitation du sable en baie de Lannion ?

02/01/2016

Le sable est une des ressources naturelles les plus utilisées au monde, on le retrouve principalement dans le béton et le verre, mais aussi dans la fabrication de lessives, de papier, de laques, de dentifrice, des puces électroniques ou encore de certaines peintures.

Son exploitation mondiale est estimée à environ 40 milliards de tonnes annuel selon un rapport de l’ONU datant de 2012, avec des conséquences environnementales pouvant être lourdes, en particulier s’agissant du sable marin. En effet l’exploitation exponentielle de cette ressource est un véritable danger pour les écosystèmes marins, notamment côtiers.

Le littoral français n’est pas épargné et fait l’objet de convoitise de la part des exploitants de sable. La controverse sur le sable coquillier de la baie de Lannion, destiné à l’agriculture comme amendement calcaire, en est un exemple actuel puisqu’une décision du Conseil d’Etat datée du 5 décembre l’a remise sur le devant de la scène. Retour sur les faits.


La controverse de la baie de Lannion

L’autorisation d’exploiter une dune de sable coquillier dans la baie de Lannion avait été délivrée par décret en avril 2015 à la CAN (Compagnie Armoricaine de Navigation, filiale du groupe Roullier), suite à l’accord donné par le ministre de l’économie Emmanuel Macron.

A l’époque, le projet déjà controversé mais soutenu par les agriculteurs avait été revu à la baisse et portait sur une durée d’exploitation de 15 ans sur une zone de 4 km2, en limitant l’extraction du sable à 50 000 m3 la première année puis un maximum de 150 000 m3 annuel. Malgré cette révision, le projet soulevait des inquiétudes en raison des risques environnementaux mais également pour ses possibles répercussions sur la ressource halieutique disponible.

C’est toujours la position des associations réunies au sein de différents collectifs, comme le “Peuple des dunes en Trégor” ou le “Peuple des dunes de Batz à Bréhat”, et de la plupart des élus locaux. La destruction de la dune sous-marine et les dégagements de turbidité résultants seraient, selon les opposants, dangereux pour la faune et la pêche, voire même pour le trait du littoral, en raison de la modification des courants marins. Et ce quelles que soient les conditions d’exploitation imposées par la préfecture.

 

 La zone d’exploitation accordée est située à moins d’un kilomètre de deux zones classées Natura 2000 dont celle de la réserve des Sept-Îles, plus importante réserve ornithologique de France.

Cette réserve est jugée exceptionnelle car on peut y observer des fous de Bassan, des cormorans et des macareux friands de lançon, petit poisson qui fraye dans les dunes de sables sous marines. Que deviendra cet écosystème lorsque l’exploitation de la dune sera engagée? De leur côté, les pêcheurs de la région craignent les impacts sur leurs activités et donc sur l’emploi, le lançon étant la base alimentaire de nombreux poissons.

 

 

Vers la mi-septembre, on assistait à une petite victoire des opposants. Quelques jours plus tôt, la CAN avait pourtant repris l’exploitation, le Tribunal administratif ayant rejeté les recours engagés contre l’arrêté d’autorisation délivré à la CAN par les préfets du Finistère et des Côtes d’Armor. Ainsi l’entreprise du groupe Roullier était libre de reprendre ses activités. Mais devant les manifestations massives des opposants le dimanche suivant, elle décidait de cesser son exploitation après seulement deux prélèvements, pour “des raisons d’apaisement”. Cette décision intervenait dans un contexte de reprise en main du dossier par Ségolène Royal, ministre en charge de l’écologie, qui, après avoir reçu les opposants au projet, annonçait d’une part que des missions d’inspection seraient chargées de vérifier la conformité des conditions d’extraction vis à vis des arrêtés, et d’autre part qu’elle soutiendrait le recours en appel des opposants devant le Conseil d’Etat contre la décision du Tribunal administratif. Ce positionnement de la ministre, qui ne cache pas son opposition au projet de la CAN, représentait une victoire pour les écologistes, les pêcheurs et les élus et un signal encourageant pour la suite.

 

Or le 5 décembre le Conseil d’Etat a rejeté le recours, au motif que “la procédure suivie a été régulière", et que "les modifications apportées après l'enquête publique ne justifiaient pas l'organisation d'une enquête complémentaire car elles diminuaient l'envergure du projet".
Ce maintien de l’autorisation d’exploitation est un véritable coup dur pour les opposants et une victoire pour la CAN. Pour autant, il n’y a pas encore de reprise des activités car d’autres recours devant les Tribunaux administratifs attendent d’être jugés. De plus, le renouvellement d’autorisation d’exploitation par les préfectures pourrait faire l’objet de nouvelles actions en justice.

Affaire à suivre !

 

 

Pour en savoir plus le lecteur de cet article pourra visionner l’excellent documentaire de Denis Delestrac “Le sable: enquête sur une disparition”, datant de 2013 mais toujours cité comme une référence sur ce sujet encore peu traité médiatiquement.

Jérémie BRIÈRE & Ariane HERTZOG


 

EN SAVOIR PLUS

 

 


 

 

Le Sable - Enquête Sur Une Disparition - Arte 2013-05-28 1-2

 Le Sable 
Enquête sur une disparition

Documentaire d'Arte - mai 2013

Sable de la baie de Lannion

L'extraction de sable marin
"Nous croyions qu'il y en
aurait pour toujours"

Dossier d'étudiants de
l'École des Mines de Paris

 

Sable baie de Lannion

L’extraction de sable dans
la baie de Lannion
est provisoirement stoppée

Article du Monde - 13/09/2016

Baie de Lannion :
l’extraction de sable est suspendue !

Article LPO - 10/11/2016

 

Sables coquilliers de Lannion

Sables coquilliers de Lannion :
le Conseil d'Etat rejette
le recours des opposants

Article www.actu-environnement
10/12/2016

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




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