Être à la mode, à quel prix ?

10/01/2017

A l’occasion de la COP21 et à l’initiative de l’association Universal Love, l’Union des Industries Textiles (UIT) et la Fédération de la maille et de la lingerie ont signé la « charte d’engagement pour la mode et le climat ». Conscients des forts impacts de l’industrie textile, à la fois environnementaux et humains, les consommateurs et professionnels du secteur souhaitent s’engager pour rendre cette activité plus responsable. La signature de cette charte, qui a notamment pour but de favoriser l’éco-conception des vêtements et de réduire leur consommation en ressources naturelles, témoigne d’une prise de conscience mondiale autour de l’industrie du textile.


Chaque année, 80 milliards de vêtements neufs sont achetés dans le monde. L’industrie de la « Fast Fashion » s’est imposée ces dernières décennies et les manières de consommer ont changé : aujourd’hui, la mode est accessible et nous achetons plus par plaisir et par effet de mode que par réel besoin.
Les grandes enseignes, en délocalisant et en sous traitant leur production, proposent une quantité astronomique de vêtements, de moindre qualité et à moindre coût.
Si l’incident du Rana Plaza a fait naître une prise de conscience chez les consommateurs sur le coût environnemental et humain de l’industrie textile, il semblerait que nous en négligeons encore trop souvent les conséquences. Sommes nous réellement conscients de ce qui se cache derrière chacun de nos achats ?

Des impacts environnementaux 

 

L’utilisation importante des ressources

L’industrie textile est très gourmande en eau. L'eau utilisée chaque année dans le monde pour faire des teintures textiles représente de quoi remplir 1,6 million de piscines olympiques, soit plus de 4 000 milliards de litres d'eau par an. Le coton est la 6ème culture qui consomme le plus d’eau. La fabrication d’une simple chemise de coton nécessite 2700 litres d’eau soit environ l’équivalent de 15 baignoires ! En outre, la production de coton qui occupe 2,5% des terres arables de la planète, utilise 10% de la consommation mondiale de pesticides et 25% de la consommation totale des insecticides.

Une forte pollution

La fabrication de vêtements nécessite l’utilisation de nombreux produits chimiques et les eaux usées qui résultent du processus de fabrication sont bien souvent toxiques. En Chine, on estime que 70% des cours d’eau sont pollués et l’industrie textile contribue fortement à ce problème. Cette pollution massive a notamment des conséquences sur notre santé. (cf - Les fringues qui tuent).
Ajoutez à cela que la fabrication d’un vêtement représente des quantités non négligeables de C02 émis : elle aurait un impact équivalent à plus de 20 fois son poids en termes de gaz à effet de serre. Sans compter qu’un vêtement peut passer par diverses étapes de fabrication effectuées par différents sous-traitants, ce qui inclut une part de transport non négligeable : un jean peut parcourir jusqu’à 65 000 km avant de se retrouver dans notre armoire.

Des tonnes de déchets

L’étendue du gaspillage textile reste encore assez méconnue. Pourtant, les vêtements, du fait du phénomène de mode, sont souvent jetés bien avant leur usure. Une femme achète en moyenne 30 kg de vêtements par an : lorsque l’armoire devient pleine, ces derniers sont bien souvent jetés. Ainsi, d’après l’ADEME, un Français jette en moyenne 12 kg de vêtements tous les ans.

Grande consommatrice de matières premières, de ressources et de produits toxiques, l’industrie du textile est la deuxième industrie la plus polluante derrière celle du pétrole. Au delà de cette problématique, il ne faut pas oublier les conséquences néfastes qu’ont ces vêtements pour ceux qui les fabriquent.

Des impacts humains

 

Des conditions de travail déplorables

Le 24 avril 2013, le Rana Plaza s’effondre. Cet immeuble, situé dans la banlieue de Dacca au Bangladesh, abritait les ateliers de confections de grandes multinationales dont certaines des étiquettes ont été retrouvées dans les décombres : des marques comme Benneton, Primark, Mango, C&A ou encore Auchan sous-traitaient au Rana Plaza. Cet accident, le plus important dans le domaine du textile, a provoqué la mort de plus de 1100 personnes et a fait plus de 2000 blessés. Ses conséquences désastreuses ont marqué les consommateurs dorénavant soucieux de ce qui se cache derrière leurs vêtements. Ce n’est pourtant pas un phénomène nouveau : les multinationales du secteur textile sous-traitent leur production dans des pays où les droits sociaux sont bafoués et s’enrichissent au profit des travailleurs qui œuvrent dans des conditions d’hygiène et de sécurité déplorables. Les ouvriers, majoritairement des femmes, travaillent souvent plus de 12 heures par jour sans réelle protection sociale. Dans certains cas, même les enfants sont exploités. Si les grandes enseignes n’ont pas la mainmise sur toutes leurs chaînes de production, elles semblent bien trop souvent se dédouaner de leurs responsabilités. Face à cela, une proposition de loi relative au devoir de vigilance des multinationales a vu le jour en mars 2015, sous l’impulsion d’ONG et de syndicats qui exigent son adoption définitive.

Le rôle des grandes enseignes : un réel engagement ?

Après le drame du Rana Plaza et suite à la mobilisation citoyenne, les grandes enseignes ont voulu prouver leur engagement. Trois ans plus tard, des avancées ont été notées concernant l’indemnisation des victimes, l’augmentation des salaires des travailleurs et la sécurité des bâtiments mais cela reste insuffisant et pour cause, les grandes enseignes ne sont jamais inquiétées par la justice. Par ailleurs, les marques tentent de redorer leur image en créant des collections à portée écologique comme c’est le cas de H&M et Zara, mais ces initiatives semblent plus relever d’une certaine forme de Greenwashing.
Afin de responsabiliser les marques, des associations comme Greenpeace avec sa campagne Détox ou Collectif sur étiquette se mobilisent pour exiger d’elles plus de transparence et d’engagement social.

Quelles sont les alternatives possibles en tant que consommateur ?

Il existe aujourd’hui des solutions concrètes pour les consommateurs soucieux d’acheter des vêtements fabriquées de façon éthique. Ci-dessous, quelques pistes non exhaustives :

  • Préférer les matières issues de l’agriculture biologique. Par exemple, le coton biologique est moins gourmand en eau que le coton traditionnel du fait de la rotation des cultures pour une meilleure fertilité des sols et utilise également moins d’intrants chimiques ;
  • Faire don des vêtements que l’on ne porte plus à des associations comme Emmaüs, le secours populaire ou encore Vetis. Ces associations collectent des vêtements et les donnent ou les revendent. Il s’agit également de penser à ces associations lorsque l’on souhaite s’acheter de nouveaux vêtements ;
  • Adopter la philosophie du slow wear  basée sur le minimalisme et la simplicité ;
  • Penser aux marques engagées comme Ekyog, l’Herbe Rouge, 1083, Bonobo (gamme Instinct) etc ;
  • Acheter ou échanger des vêtements de seconde main : friperies, vide-dressing…
  • Prêter attention aux étiquettes et à l’endroit de fabrication des vêtements, à leur composition ;
  • Repérer les logos des labels présentant des critères environnementaux, par exemple :

Face à une industrie toujours plus puissante, des mouvements associatifs et citoyens s’engagent aujourd’hui pour exiger une responsabilité sociale de la part des grandes enseignes. En tant que consommateur nous pouvons également agir, à travers nos choix, et contribuer à une évolution positive et plus éthique des pratiques actuelles.

Morgane BETREMIEUX & Marianne SAVORET

 


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