C'est par une vivifiante et automnale matinée d'octobre que nous avons quitté Strasbourg pour la deuxième édition de la journée des Jardins Partagés du Grand Est. Cette année, rendez-vous était donné au Jardin de 7 lieues à Epinal.

Comme son nom l'indique, une journée de partage autour des jardins !
Il s'agit d'une journée portes ouvertes incitant les échanges d’expériences, de savoir-faire, d’idées, et évidemment de plantes, mais aussi de graines ou de produits frais, autour de la pratique du jardin par les différents acteurs de quartier.
L’initiative est attribuée au réseau national du Jardin dans Tous Ses Etats qui propose depuis une dizaine d’années, une grande journée de rencontres autour des jardins, dans différentes régions (Bretagne, Rhône-Alpes, Nord-Pas de Calais, Languedoc-Roussillon, Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Basse Normandie, Alsace).
Le concept de jardin partagé, déjà présent dans d’autres cultures et en d’autres temps, est celui d'un jardin cultivé ensemble qui permet aux habitants d’un quartier, d’un village ou d’une ville, de se retrouver sur des terrains d’entente, et de partager fruits, légumes, et fleurs. Si l’autoproduction et la valorisation de la biodiversité font pertinemment écho au principe de fonctionnement de ces jardins, nous comprenons cependant vite que ces derniers représentent avant tout des lieux de cohésion sociale.
La journée s'est déroulée sur plusieurs temps forts, en commençant par la présentation de 9 jardins portés par les associations présentes, Etudes et Chantiers, Arc en Ciel, Centre Léo Lagrange pour ne citer qu'elles. Si plusieurs jardins partagés sont, à l'origine, des jardins d'insertion pour des personnes en difficulté voire de précarité; d'autres tendent à redynamiser des quartiers et à en modifier le paysage. L'objectif commun est de faire de ces lieux un point de rencontres et de lien social. Joëlle, adhérente du Jardin des Oualous à Moyenmoutier parle de son jardin avec beaucoup d'émotion "c'est un jardin très fort, j'y trouve mes amis, on partage tout, on rigole, on partage nos souffrances, on partage tout, nos idées....quand rien ne va, je vais au jardin, et ça va mieux..."
Un moment très convivial donne suite à ces présentations autour d'une grande table où chacun partage ses meilleures recettes salées et sucrées et bien sûr, goûte à celles des autres !
Les petites éclaircies de l'après-midi nous ont permis de découvrir le site de 2500 m² du Jardin des 7 lieux, comprenant des toilettes sèches, des composteurs, un hôtel à insectes, une cabane buvette, des récupérateurs d'eau de pluie, des structures en osier, une mare, une serre et, pour l'occasion, un atelier de bricolage et de décoration de bottes.
Il était également possible de s'informer sur les modes de compostage, les hôtels à insectes ou encore de participer à la bourse d'échanges de graines.
Nous avons aussi participé aux deux tables rondes qui visaient à répondre aux problématiques et aux enjeux des jardins partagés de proximité à travers les points de vue des différents publics.
La première, animée par Marion, responsable du Centre Léo Lagrange, s'est intéressée à la motivation personnelle des participants et à leur ressenti vis-à-vis de leur implication dans la création ou l’entretien d’un jardin partagé. Etaient réunis tant des animateurs sociaux que des jardiniers" amateurs" se rencontrant plusieurs fois par semaine. Il en est ressorti que ce sont souvent des réunions de quartier qui incitent à l’action de jardiner ensemble, un concept particulièrement parlant pour des structures associatives toujours en attente d’actions fédératrices à but de réinsertion sociale ou professionnelle. Si au début de l’aventure, Rolande du Jardin des 7 lieux avoue avoir apprécié l’aide et les conseils d’un ingénieur agronome, elle affirme que ce jardin lui rappelle ses activités d’enfance. Catherine du Jardin des Oualous a toutefois tempéré l’enthousiasme ambiant en évoquant les désistements de certains jardiniers. Au final cette table ronde aura permis à chacun de s'exprimer dans son rapport à la terre et aux autres.
La deuxième table ronde était animée par Frédérique, accompagnatrice socio-professionnelle de l'association Etudes et Chantiers de Moyenmoutier. Elle était organisée autour de la mobilisation des personnes, des habitants d'un quartier, pour le montage d'un projet de jardin partagé. La présence "d'experts" a su guider les novices ou nouveaux initiateurs de projet. Il résulte de ces échanges qu'aucune méthodologie type ne peut être appliquée pour ces projets, chaque jardin se trouvant dans un quartier avec des habitants, un environnement, des contextes et un paysage socio-culturel toujours différents. Chaque projet nécessite ses propres outils, à créer in situ, pour être mené à bien.
La volonté ou le besoin de rencontre et une dynamique participative sont toutefois les éléments essentiels de la réussite.
La question de la mixité des publics dans les jardins s'est posée, l'objet étant d'ouvrir ces jardins à tous pour favoriser les échanges entre générations et les populations.
Est également rappelée la problématique de l'utilité des partenariats qui peuvent enrichir et dynamiser les projets, notamment à travers les réseaux, les échanges entre jardins, etc...
Un concert des Souricieuses a rassemblé tous les publics ( jardiniers, organisateurs, résidents et personnels du foyer de l'APF, etc...) pour un divertissement autour de la sensibilisation à l'environnement ( déchets, nanotechnologies, gestion des ressources naturelles, etc... ). Des chansons très cocasses pour un intermède musical fort apprécié.
La journée s'est achevée par un concours de" botté" très ludique, où chacun a pu participer en défilant chaussé de bottes déguisées et maquillées, toutes plus originales les unes que les autres.
Notre bilan : journée grise dans le ciel, mais pleine de soleil sur les visages des participants, tous pleins d'entrain, enthousiastes et fiers à l'idée de pouvoir échanger, parler de leur jardin...et pas seulement !
Le jardin partagé prend en effet tout son sens dans le partage d'émotions, de rires, de pleurs, de connaissances, de culture, de liens, etc...
C’est au milieu des années 70, à New York
puis dans différentes villes d’Amérique du Nord,
que des initiatives populaires commencent à
investir des endroits laissés vacants pour
les transformer en jardin de quartier.
Il est alors question de se retrouver sur
un terrain commun avec des projets collectifs.
Plus de 750 seront ainsi créés dans la ville
de New York !
En France, le réseau du
Jardin dans Tous Ses États (JTSE)
s’organise dès 1997.
Les valeurs communes de partage du sol
et des idées sont formalisées par une Charte.
Le réseau est actuellement géré par
un collectif d’une dizaine de structures
régionales, associatives et coopératives
qui favorisent la création et la mise
en œuvre de jardins partagés.

Jardins partagés : utopie, écologie,
conseils pratiques
Laurence Baudelet – Frédéric Basset –
Alice Le Roy
Ed. Terre Vivante, 2008
La Revue Durable - numéro 43,
août-sept.-oct.2011
L'agriculture regagne du terrain dans
et autour des villes,
Les jardins partagés du Grand Est
Le jardin des 7 lieues à Epinal