Septembre 2010, quartier du Neudorf à Strasbourg. Les habitants d'un nouveau type de projet immobilier emménagent dans l'immeuble « Eco-logis » qu'ils ont eux-mêmes imaginé et conçu avec l'aide d'un architecte.
A un bâtiment écologique qui est aussi le lieu d’un nouvel art de vivre entre voisins. Jetons un œil - envieux - à la liste des parties communes souhaitées par les habitants : salle des fêtes, chambre d'amis, atelier de bricolage, buanderie. Autant de pièces mises en commun qui permettent de gagner des mètres carrés dans son propre logement... et de partager des moments de vie avec ses voisins sans vivre pour autant en communauté.

Ce type de démarche collective, qui pousse un groupe d'habitants à acquérir un terrain ensemble, à imaginer leur futur lieu de vie, à en suivre la réalisation puis à en assurer la gestion en commun, porte le doux nom d'« habitat partagé en auto-promotion », un concept qui devrait de plus en plus fréquemment retentir à nos oreilles dans les années à venir. En effet, si l'habitat partagé est encore nouveau en France, il est déjà répandu depuis une vingtaine d'années chez nos voisins européens, au Danemark, aux Pays-Bas, en Suisse ou encore en Allemagne.
Poussons maintenant les portes de l'habitat collectif « Eco-logis », situé dans l’îlot Lombardie, un quartier en cours de réaménagement qui était composé en partie de friches industrielles et d’habitats vétustes. Unis par une conscience écologique commune, les occupants ont voulu un bâtiment qui réponde aux exigences du développement durable : écologiquement conçu et économe en énergie, le projet d'habitat doit rester économiquement abordable et favoriser une nouvelle vie sociale.

La conception de l'immeuble a été confiée par le collectif à un architecte allemand, Michael Gies, choisi pour son expérience de l'auto-promotion. Et l'agence d'architecture française Tekton, à forte sensibilité environnementale, a été retenue pour la mise en œuvre du projet. La structure du bâtiment, intégralement en bois massif (isolant naturel et matériau sain), représente quelques 220 tonnes de bois, qui permettent de stocker l'équivalent de 50 ans de CO2 produit par le chauffage du bâtiment. Une attention toute particulière a également été portée à l’utilisation de matériaux sains et naturels, notamment pour les revêtements intérieurs : des peintures peu émissives ont par exemple été employées dans les appartements.
L'immeuble répond aux normes des bâtiments basse consommation (BBC). Ses consommations énergétiques, de l'ordre de 50 kwh/m2/an, sont mêmes inférieures aux normes BBC (65 kwh/m2/an maximum pour l'Alsace). La production d'eau chaude sanitaire et de chauffage est assurée par 23m2 de panneaux solaires thermiques placés sur le toit et par une chaudière à condensation de faible taille alimentée par du gaz. La facture de chauffage et d'eau chaude s'est élevée à 3500€ environ pour tout l'immeuble la première année, soit 350€/an/logement.
Les espèces végétales qui décoreront les balcons et certains murs ont été choisies pour leurs qualités esthétiques mais aussi pour leur capacité à favoriser la biodiversité.
Enfin, le terrain a été retenu dans l'idée d'encourager la mobilité douce et l'utilisation des transports en commun, la station de tram la plus proche ne se situant qu'à 300 mètres.
Les familles ont privilégié des filières environnementales de construction. Proposer des logements de qualité à des prix comparables au marché du neuf faisait aussi partie des objectifs importants du projet. Objectif atteint, puisque le coût global de l'opération s'est élevé à 2,9 millions d'euros tout compris, le prix final des logements revenant à 2950€/m2 (soit 2750€/m2 après déduction des subventions versées par l’ADEME, la Région Alsace et la CUS). Le gros des efforts financiers aura porté sur l'isolation et le choix des matériaux, mais les économies d'énergie réalisées en contrepartie ont permis de maintenir les charges de l'immeuble à un niveau très faible.
Habitat partagé oblige, le social y est omniprésent. On le retrouve grâce aux espaces de vies collectifs, dans les moments partagés entre voisins, et aussi dans l’entraide que chacun peut apporter aux autres. Une attention toute particulière a été portée aux lieux de passage. Les cages d’escalier, par exemple, sont suffisamment spacieuses pour que les personnes qui s’y croisent puissent rester pour discuter quelques minutes sans gêner le passage. Un repas festif réunit également tous les habitants une fois par mois. Ce sens du collectif ne va pas sans responsabilités. Les habitants, qui ont fait l'économie d'un syndic, se chargent eux-mêmes à tour de rôle de l'entretien et du nettoyage des parties communes. Ils se réunissent également une fois par mois pour discuter des problèmes et des projets pour l'immeuble.
Rome ne s'est pas construite en un jour... Eco-logis non plus ! C’est en 2004 que l’aventure d'Eco-Logis commence. 10 familles se regroupent pour créer leur projet d’habitat écologique participatif. Pour ce faire, elles s’associent dans le cadre d’une Société Civile d’Attribution (SCA), qui sera le maître d’ouvrage du projet.
Ces familles, qui se sont regroupées sur la base d'un « art de vivre partagé », ont ensuite traduit cette vision dans un cahier des charges qui définit les concepts de leur futur habitat partagé. Deux ans plus tard, à raison d’une réunion par mois, le cahier des charges est finalement terminé. De longues heures de concertation, d'échanges et de dialogues auront été nécessaires pour concrétiser les multiples envies de chacun dans un projet unique.
L'étape suivante est enclenchée en 2007, avec l’acquisition du terrain sur lequel le projet « Eco-Logis » sera conçu. C’est à l'architecte Michael Gies qu’est confiée la tâche complexe de transformer le cahier des charges en un projet palpable, concret sur ce terrain. Pendant tout ce temps, et ce jusqu’à la construction, le projet ne cesse d’évoluer.
La construction commence finalement en août 2009. Elle durera un an, puisque les habitants n'ont emménagé dans leur nouveau chez eux qu'en août 2010.
6 ans se seront donc passés entre le balbutiement et l’aboutissement du projet « Eco-Logis ».
La vie collective s’est mise en place progressivement depuis l'emménagement : entre les apéros improvisés, les fêtes d’anniversaire, les matchs de ping-pong, les discussions à la buanderie… il y a de quoi faire ! Il se murmure d’ailleurs dans le bâtiment que les habitants ne vont pas partir de si tôt. L’habitat partagé, c’est le pied !

L’aventure n’est cependant pas terminée, il reste encore du chemin à parcourir aux « éco-logiens » pour que leur lieu d’habitation soit tel qu’ils l’avaient rêvé : l’aménagement extérieur reste encore à réaliser. Cet automne, les habitants viennent d'achever les jardins potagers qui bordent la façade sud de l'immeuble, première étape des jardins partagés.
Souhaitons leur bonne chance pour la suite des travaux, et de profiter au maximum de leur nouveau chez eux !
L'auto-promotion vous chatouille ? Vous l'aurez compris, l'auto-promotion est une démarche de longue haleine, qui demande du temps, de l'énergie, des compétences et une bonne cohésion de groupe pour monter le projet. Certains groupes renoncent d'ailleurs à leur projet en cours de route en raison des difficultés rencontrées. Mais gageons que l'expérience d'Eco-Logis à Strasbourg (comme de la Salière à Grenoble ou de Diwan à Montreuil) va faire des émules, ne serait-ce que parce que l'habitat partagé offre une réponse inventive à l'isolement des sociétés modernes et qu'il permet de réinvestir l’argent économisé sur les intermédiaires (maître d’ouvrage, promoteur) dans la qualité des matériaux et de la conception. Sans compter le plaisir de personnaliser son logement selon ses envies et de partager un projet de vie collectif.
Pour finir, saviez-vous que la Ville de Strasbourg a lancé en 2009 dix opérations d'autopromotion groupée sur des terrains publics ? L'association Eco-Quartier de Strasbourg, à l'origine du projet Eco-logis, fédère aujourd'hui quelques-uns de ces projets d'habitat groupé, dont certains recherchent encore des participants...
Maître d’ouvrage
Donneur d’ordre au profit duquel
le bâtiment est réalisé.
Il spécifie les besoins, choisit et lance
les moyens, suit la réalisation,
réceptionne, assure l'exploitation
du bâtiment.
Habitat partagé
Bâtiment où résident plusieurs familles
ou foyers et où l’on retrouve
des espaces privatifs et
des espaces collectifs autogérés.
Auto-promotion
Groupement de particuliers
ayant pour but de concevoir,
financer et réaliser ensemble
un projet immobilier.
Les particuliers sont les maîtres d'ouvrage
et suivent le projet de A à Z,
se passant d'intermédiaire (promoteur...).
Habitat groupé
Terme générique regroupant
l'habitat partagé et l'auto-promotion.