La place de l'écologie dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle

06/04/2017

A vos loupes, citoyen!

Nos modes de consommation seraient-ils plus faciles à remettre en cause que nos modes de production? Si nul n’ignore plus l’ampleur de la crise environnementale qu’affronte l’humanité, la crise de civilisation dont elle s’accompagne reste, elle, peu identifiée. La planète Terre, façon de dire notre habitat naturel, va mal à un point alarmant, la conscience s’en est largement répandue, et il n’est plus de formation politique qui n’inclue plus ou moins dans son discours la cause écologique. Tentative d’approche de “la trame verte” dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle 2017, tout en survol pour inviter le lecteur à creuser par lui-même.


Economie et écologie

Encore une fois, à l'occasion de cette campagne électorale 2017, se dessinent les clivages et fragmentations révélateurs d'une société en mal de sens et, pire encore, celles d'un traquenard insidieusement installé et dans lequel chacun cherche des issues improbables.

La civilisation de la technologie est face à une gigantesque déconvenue. Le progrès escompté au bénéfice du plus grand nombre n'est pas au rendez-vous, les disparités dans la répartition des ressources ne cessent de s'accroître, sur fond de menace de pénurie de toutes les ressources et de catastrophes écologiques.
On continue à débattre de l'économie sans appliquer les règles de cette magnifique discipline dont la finalité est de satisfaire les besoins élémentaires de chaque être humain, nourriture, vêtements, abri et soins. On appelle en réalité économie un système fondé sur l'avidité, l'insatiabilité humaine et le « toujours plus ». Cela justifie la fameuse croissance économique, invoquée comme la solution alors qu'elle est le problème. Si l'État et de nombreuses organisations cessaient leurs interventions « charitables », on mesurerait l'ampleur du désastre de cette logique du pompier pyromane : le modèle déglingue, les secouristes sociaux réparent. C'est devenu une norme, dédouanant la politique de son immense responsabilité.

Question subsidiaire

Les solutions ? Elles sont incompatibles avec un paradigme aux fondements erronés, et quasiment toutes les propositions politiques se donnent comme objectif d'aménager le modèle et non d'en changer. La politique se condamne à l'acharnement thérapeutique sur une société en agonie, avec en perspective le déchaînement toujours plus violent de rivalités économiques, idéologiques, religieuses, etc.

Urgence écologique

Quant à l'urgence écologique, elle n'occupe guère sa place légitime, question comme toujours subsidiaire. Avec cette problématique, c'est sûr, nous n'avons pas affaire à une mode. La nature semble décidée à mettre des limites, voire à faire en sorte que les projets politiques n'aient aucun lendemain. Ces considérations, somme toute banales, ne semblent pas avoir atteint le niveau de compréhension que nécessite leur rigueur, car, au-delà de la politique, elles interpellent notre conscience et notre coeur, et cette intelligence subtile qui n'est affaire ni de diplômes ni d'aptitudes, mais qui s'appelle lucidité.

Candidats et programmes

Une élection sans candidat concourant sous bannière écolo, mais où l’écologie a tout de même trouvé sa place : si Yannick Jadot, le candidat désigné par la primaire EELV, a finalement renoncé après avoir trouvé un accord avec le candidat issu de la primaire du PS, Benoît Hamon, la question environnementale a sans doute rarement été aussi représentée qu’en 2017. Du moins à gauche. Le candidat Les Républicains, François Fillon, tout à son virage bien penché à droite pour faire oublier les affaires qui le concernent, n’en dit quasiment pas à mot. Marine Le Pen, pour le FN, y consacre 7 points – pour la plupart assez flous – sur un programme qui en compte 144. Restent, de droite à gauche, Emmanuel Macron (En Marche !), Benoît Hamon (PS) et Jean-Luc Mélenchon (France insoumise). Pour les deux derniers, l’écologie est carrément le cœur du programme.
Jean-Luc Mélenchon propose en particulier d’inscrire la “règle verte” comme principe dans la constitution de sa future VIème république. Celle-ci consiste à “ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer, ni produire plus que ce qu’elle peut supporter”.

Nucléaire et diesel

Quelques exemples piochés dans les différents programmes des candidats: Sur le nucléaire, Mélenchon et Hamon sont pour une sortie progressive et intégrale dans les vingt-cinq prochaines années, là où les autres restent flous même si Macron prône la fermeture de la centrale de Fessenheim et souhaite attendre les conclusions de l’ASN sur la prolongation des centrales au-delà de 40 ans.
Autre débat de taille, le diesel. Chez les uns, on rappelle le nombre de morts annuel (49000) dû au diesel, chez les autres, il est question d’aménager la fiscalité et octroie d’une prime pour changer de véhicule. Autre proposition: augmenter la taxe carbone renommée « contribution énergie-climat », interdire l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste, etc.

Agriculture et biodiversité

Côté agriculture, chacun y va de sa petite musique: de « soutenir tous les projets de montée en gamme des exploitations, d’adaptation aux normes environnementales et de bien-être animal » à « un plan national visant à accompagner l’ensemble des agriculteurs et agricultrices dans la transition écologique de l’agriculture, avec un calendrier de transition sur dix ans » en passant par « une diminution progressive des apports maximums autorisés d’intrants chimiques, la relocalisation des productions, le soutien financier et l’accompagnement technique à la transition écologique. »
Il y est aussi question des pesticides et autres perturbateurs endocriniens où chacun a un point de vue bien précis mais où globalement tout le monde s’accorde sur leur interdiction -quelque fois en jouant sur les termes.

Concernant la biodiversité, même si tous revendiquent vouloir contribuer à sa protection, il y a peu de proposition concrète en la matière. Il s’agit surtout d’allouer des fonds ou de créer de nouvelles structures. En particulier Hamon propose de créer “un Conservatoire des terres agricoles afin de rendre opposables les schémas d’aménagement et de protection de la nature”. Macron souhaite étendre la localisation de l’Agence française pour la biodiversité aux territoires d’outre-mer où se situe 80 % de la biodiversité française, ce qui par ailleurs avait déjà été décidé par le gouvernement actuel.

Organismes génétiquement modifiés

Concernant les OGM, Le Pen et Mélenchon souhaitent les interdire comme spécifié dans leur programme. Mélenchon va même plus loin en défendant le “principe de non brevetabilité du vivant”.
Hamon a également déclaré à Inf’OGM vouloir interdire la culture de plantes transgéniques sur le territoire français, mais sa position reste floue sur les nouveaux OGM. Il souhaite attendre la décision à la Cour de Justice européenne qui a été récemment saisie au sujet de leur statut.
Macron est ambigu sur ce sujet car il a déclaré à WWF que la “bonne position” est d’interdire les OGM en France mais il regrette “qu’on ait arrêté la recherche publique sur ces questions”.
Quand à Fillon, qui est pour la suppression du “principe de précaution” dans la Constitution pour le remplacer par un ‘principe d’innovation”, il est favorable à relancer les recherches sur ces technologies. Il prône plus largement “une agriculture 3.0” avec l’utilisation de technologies connectées (drones, capteurs, radars, etc.).

Energies renouvelables et transition énergétiques

Les principaux candidats sont tous favorables aux recherches et au développement des énergies renouvelables, au moins en accord avec les objectifs de 32 % d’énergies renouvelables en 2030 selon la loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte. Mais certains veulent aller plus loin. Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon proposent carrément 100 % d’énergies renouvelables en 2050. Hamon s’engage sur une étape intermédiaire de 50 % de renouvelables en 2025.
Les priorités quant aux types d'énergies renouvelables à développer sont différentes : Mélenchon et Hamon misent en particulier sur les énergies marines ; Le Pen est favorable au solaire, au biogaz et à la biomasse mais souhaite un “moratoire immédiat sur l’éolien” ; Fillon précise que les énergies renouvelables doivent être “perçues non pas comme une panacée mais comme un secteur industriel porteur”, tout en souhaitant donner un coup de rabot important aux subventions aux énergies renouvelables en supprimant la CSPE ; Macron souhaite “doubler la capacité en éolien et en solaire photovoltaïque” d’ici 2022 en simplifiant les procédures de déploiement de ces énergies.

Bâtiment durable

Hamon propose d’introduire des clauses sociales et environnementales dans les marchés publics et de lancer un plan d’efficacité et de sobriété énergétique, notamment pour l’isolation des bâtiments et la rénovation urbaine et thermique
Mélenchon consacre un point entier de son programme sur un plan de rénovation écologique de tout le bâti, dont l’isolation d’au moins 700000 logements par an, la formation des professionnels de la rénovation énergétique ou le renforcement des moyens pour la détection des passoires énergétiques.
Macron souhaite plus vaguement investir dans la rénovation urbaine, compris entre autres choses dans un grand Plan d’investissement de 50 milliards d’euros sur 5 ans.
Fillon souhaite aussi s’engager pour un habitat durable en permettant à chaque français de pouvoir produire et consommer sa propre énergie renouvelable pour son habitation. Il souhaite investir dans la rénovation des logements avec les économies espérées en mettant fin à la CSPE.

Santé environnementale

La santé environnementale est un thème qui commence légèrement à apparaître dans le débat aux présidentielles, même si les moyens à mettre en place ne sont pas détaillés. Hamon veut faire d’une priorité la lutte des maladies chroniques liées notamment aux particules fines. Macron, de même en fait ‘une valeur cardinale de la politique de santé” et Mélenchon veut “élaborer un plan de santé environnementale”. Le Pen et Fillon ne donnent pas de précisions sur ce sujet spécifique.

Education à l’environnement

Point très peu soulevé dans les programmes, on notera surtout Mélenchon qui propose de “généraliser les fermes pédagogiques pour la sensibilisation à l’enjeu écologique et l’éveil à la nature”.

 

Conclusion

Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon sont les 2 candidats les plus engagés dans le développement durable, d’après leur programme.
D’un côté, Mélenchon est le candidat qui a le plus développé et détaillé de propositions en la matière, fruits d’une réflexion datant de près d’un an lorsqu’il s’est présenté comme candidat à l’élection. Il souhaite également une vraie rupture avec le système actuel. Toutefois, sa position vis-à-vis de l’Europe est potentiellement dangereuse, du fait notamment de son plan B qui implique la sortie de l’Union Européenne, ce qui risque une régression des acquis environnementaux. De plus, sa position en faveur de l’économie de la mer pose la question des impacts sur cette dernière.

De l’autre côté Hamon peut compter sur le soutien de Yannick Jadot et de l’apport des propositions d’Europe Ecologie Les Verts dans son programme. Il faut toutefois se montrer prudent du fait d’un manque de méthodologie dans la mise en place de son programme et du fait qu’Hamon hérite d’une partie du bilan du quinquennat de François Hollande, parsemé d’échecs sur la question du climat.

 Joël ISSELÉ & Laurent LATRACE


 

Quelques infos
complémentaires

 


 

Les chapitres concernant
l'environnement
dans les programmes
des 5 principaux candidats

JL Melanchon - la-planification-ecologique

Programme de 
Jean-Luc Melanchon
La planification écologique

 

Programme de Benoît HAMON -Environnement

programme de
Benoît HAMON
Pour préserver notre Planète,
tranformer notre modèle
de développement

 

Programme d'En Marche Environnement et  transition écologique

Programme d'Emmanuel MACRON
Environnement et
transition écologique

 

PRogramme de FRANÇOIS FILLON-Environnement et  transition écologiqueO

Programme de
François FILLON
Environnement,
énergie & transport

 

une france durable -projet Marine le pen

Programme de
Marine Le PEN
Une France Durable

 


 

Autres articles 

Environnement - projets HAMON et MELANCHON

Article de Reporterre.net
Hamon et Mélenchon :
leurs programmes
Environnement
sont d’accord à 90 %

 

Article de Reporterre.net
L’écologie selon
Marine Le Pen et le FN

 

Article du JDD
L'écologie selon
François Fillon

 

Présidentielle 2017 :
le programme le plus « écolo »
selon Greenpeace

 




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