Parole P23 - Capitalisme et développement durable : peut-on aller vers un mode de société plus compatible ?

21/01/2011

 La question qui nous taraude

La récente diffusion sur internet du film « La création monétaire » et l'émission de France 2 « Fric, krach et gueule de bois » montrent à quel point la question de l'argent et de son utilisation est présente dans les préoccupations actuelles de notre société. Au delà de la simple question de l'argent, c'est le principe même de ce capitalisme mondialisé présenté jusqu'alors comme indispensable au développement d'un pays et autorégulateur, qui est montré du doigt.

Après les tentatives avortées des partis de gauche comme le PS en France en 1981 pour réformer le système et la chute du communisme à la fin des années 80, peut-on encore penser à un système alternatif ?
C'est en tout cas ce que pensent les partisans de l'écosociétalisme, théorie inspirée du « distributisme » et de l'abondancisme » et portée par Jacques Holbecq ancien pilote de ligne et économiste.

 

Les constats

Tout d'abord, les partisans de ce courant constatent comme un grand nombre d'entre nous, que le PIB en tant qu'indicateur de la richesse d'un pays est inadapté. En effet, il comptabilise des richesses provenant de toute activité économique y compris celles permettant la réparation de catastrophes. En d'autres termes, un pays qui aurait supprimé les catastrophes et accidents en tous genres pourrait voir son PIB baisser et être taxé de pays en récession alors que la qualité de vie aurait été améliorée. De plus, cet indicateur ne prend pas en compte les activités bénévoles qui sont pourtant essentielles dans un pays, celles-ci peuvent même être accusées de nuire à l'augmentation du PIB lorsqu'elles pourraient être remplacées par des prestations payantes (dé-pollution de plages, assistance informatique, aide aux personnes âgées …)

Par ailleurs, la raréfaction des ressources et l'impact environnemental grandissant de notre mode de vie, ne permettent pas d'envisager l'accès de 8 milliards d'individus à ce modèle de société basé sur une consommation et croissance sans limite.
Pour en finir avec les constats, notons qu'à l'origine, la monnaie servait à faciliter l'échange de biens et de services alors qu'elle ne joue plus ce rôle que dans 5% des échanges financiers mondiaux.

 

Les grands principes de l'écosociétalisme

Sans prétendre être exhaustif dans l'explication de cette approche, nous vous en présentons quelques aspects qui donnent une assez bonne idée de l'originalité du modèle.
Abordons tout d'abord la question du revenu de chacun, composé d'un revenu social (R.S) égalitaire, versé à chaque citoyen sans condition et d'un revenu d'activité (R.A). Le R.S doit permettre à chacun de satisfaire ses besoins de base, il est complété par un revenu retraite, fonction de l'apport sociétal pendant la période d'activité professionnelle. Le R.A est versé de manière équitable à tout citoyen qui souhaite apporter sa contribution à la société sous forme de travail.
Le R.A marchand est versé au citoyen participant à la production d'un bien tandis que le R.A non marchand est versé au citoyen générant un service d'intérêt collectif.
Le cumul du R.A et du RS constitue le revenu individuel d'un citoyen. Les montants de ces revenus sont déterminés démocratiquement.
Le montant du R.A. est compris entre 1 et 3 RS, fonction de l'activité qui pourrait être évaluée selon une série de critères comme par exemple l'utilité sociétale ou collective de la production, le gain écologique, la pénibilité ou dangerosité du travail, les besoins locaux dans une profession.

L'entrepreneuriat est dans ce système particulièrement favorisé, ainsi tout citoyen souhaitant entreprendre une activité le peut. Les machines sont fournies gratuitement. Les citoyens intéressés par l'activité sont embauchés par l'entrepreneur et reçoivent en contrepartie de leur travail le R.A. C'est le cumul des R.A versés sur tout le cycle de fabrication du produit (de la mine d'extraction des matériaux au produit fini) qui détermine le prix de revient du produit fini.

La gestion des ressources de chaque citoyen se fait grâce à un portefeuille électronique qui enregistre tous les mouvements. Le prix d'un produit ou service est constitué du prix de revient au quel on ajoute une sociétaxe qui permet de financer le R.S et le R.A non marchand. Le niveau de cette taxe est variable selon l'impact de la production du produit sur l'environnement et la santé.
Lorsque l'on achète un bien, l'argent correspondant au montant de l'achat est détruit sur notre compte, il n'y a pas de transfert d'argent au vendeur qui a déjà été rémunéré de son travail.
De cette façon, il n'y a pas de possibilités de spéculation avec l'argent, celle-ci peut néanmoins se cumuler sur le compte mais n'est pas productive d'intérêts.

Concernant la propriété, les terrains sont un bien collectif, les terrains à bâtir font l'objet d'une large communication, les personnes désireuses d'y bâtir leur habitation se font connaître, le choix des candidats se fait par tirage au sort. Le terrain est ensuite loué à vie aux occupants.
Dans ce système, l'accumulation des biens par les générations successives est considérée comme anti sociétale, ainsi la transmission des biens est limitée à ceux produits durant une vie.

 

Camille FEMINIER & Christophe GIRARD 

Les questions que l'on peut
se poser

 

 A t-on affaire à des illuminés ?

La qualité des personnalités expliquant les concepts (Jacques Holbecq économiste,
Patrick Viveret ancien conseiller à la cour des comptes, Maurice Allais prix Nobel d'économie) et le niveau de réflexion très approfondi développé dans les différentes publications et qui ne se reflète pas forcément dans le court résumé ci-contre, attestent du sérieux des auteurs.
L'approche s'inspire également de nombreuse expériences réussies de monnaie locale dite « fondante » apparues dans les années 30 et qui connaissent un certain regain aujourd'hui. Actuellement, on recense plus de 5000 monnaies locales dans de nombreux pays
dont la France dans des villes comme Romans, Pézenas, Villeneuve sur Lot et probablement bien d'autres.

 

Avec cette théorie, irait-on vers
un régime autoritaire ?

La réponse est clairement non, les auteurs se positionnent d'abord en tant qu'économistes et insistent particulièrement sur la nécessité de prendre les décisions de manière démocratique, qu'il s'agisse de l'avènement de ce système ou de fixer les valeurs du RS, RA et sociétaxe.

 

Un tel système est-il imaginable au niveau d'un pays comme la France ?

Les partisans de cette approche s'accordent à dire qu'il faut une zone relativement large et autonome en termes de production de biens
et de services, l'échelle européenne semble mieux adaptée.

 

Les politiques vont-ils s'inspirer
de cette approche ?

Au Canada et en Nouvelle Zélande, certains partis soutiennent cette approche.
En France, à notre connaissance, aucun parti politique n'a encore fait de propositions de
cette nature.




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