Parole P23 - L’économie circulaire... pour réduire nos impacts

22/02/2011

 La production, de plus en plus croissante, de biens de consommation contribue à l’épuisement de ressources finies que ce soit en termes de matières ou d’énergies. Ces produits une fois utilisés, sont généralement destinés à finir leurs vies en décharge.


A la différence de cette logique de l’économie actuelle dite linéaire, l’économie circulaire s’efforce de ne pas épuiser les ressources et permet de contrôler les rejets et les déchets.

L’économie circulaire : la fin de l’approche linéaire

A la fin des années 70, Walter Stahel a été l’un des fondateurs du concept « cradle to cradle » (du berceau au berceau). Ce modèle circulaire repose sur une approche biomimétique (ou copie du vivant). 

Cette école de pensée prend la nature pour exemple et considére que nos systèmes devraient fonctionner comme des organismes vivants qui synthétisent des nutriments qui à leur tour nourrissent le cycle.

William McDonough et le chimiste allemand Michael Braungart ont fait évoluer le concept en considérant que toutes les matières premières entrant dans un processus de fabrication industriel peuvent être vues comme des « nutriments » qui se divisent en deux grandes catégories. Les « nutriments techniques » comprennent les matières premières non organiques et non nuisibles à l’environnement (les matières synthétiques mais non toxiques sont de celles-là), tandis que les «nutriments biologiques», d’origine organique, peuvent être compostés sans traitement spécifique et reviennent nourrir les sols.

L’économie circulaire vise donc à optimiser les flux d’énergie et de matière à l’échelle d’un système : site de production, zone d’activités ou bassin d’emploi.

La prévention des consommations et des rejets y est combinée à l’idée d’un fonctionnement quasi cyclique, similaire à celui des écosystèmes.

Souvent, seule une fraction de matière première ou d’énergie est utilisée directement dans le produit fini. Le reste est soit perdu (par exemple l’énergie sous forme de chaleur dissipée), soit transformé en sous-produit à faible valeur ajoutée voire en déchet. Or, ce déchet ou ce sous-produit peut constituer une ressource indispensable ou à forte valeur ajoutée pour une autre industrie située à proximité.

Traductions concrètes de la notion d’économie circulaire – Principes et exemples

Dans la transition d’une économie linéaire à une économie circulaire, les deux cycles précédents («biologique» et «technique») ne sont pas totalement fermés :

  • le cycle des nutriments techniques génère des déchets dans chacun des processus de production, distribution, utilisation et, de manière plus significative encore, dans l’étape de transition du produit en fin de vie vers une nouvelle matière première (du fait de la non recyclabilité totale des matériaux utilisés (plastiques, etc.) ce qui induit une réalimentation depuis le milieu naturel en particulier par les ressources non renouvelables).
  • la fermeture des deux cycles n’est pas complète compte tenu de la diversité et du manque de coordination entre les acteurs de la production, les utilisateurs et les acteurs du recyclage. Ainsi en particulier des pertes se produisent au niveau des nutriments biologiques qui ne sont pas retournés à la terre mais mélangés aux déchets techniques et aboutissent en incinération ou enfouissement.

L’évolution vers une économie circulaire mature va donc se traduire de trois manières :

Des avantages…

  • une réduction des coûts de production liés à l’extraction de matières premières raréfiées,
  • la réduction des coûts de traitement des déchets,
  • la génération de nouveaux revenus associés à la vente de sous-produits,
  • une consommation de ressources naturelles diminuée,
  • une diminution de l’impact environnemental,
  • une valorisation des déchets,
  • la baisse des émissions de gaz à effet de serre.

…mais aussi des freins…

D’un point de vue purement économique, certains points peuvent sembler contraires aux intérêts de l’entreprise :

  • prolongation de la durée d’utilisation d’un produit (et donc réduction du nombre de ventes d’où une perte économique difficilement compensable par une augmentation des prix compte tenu de l’acceptabilité par le client),
  • adaptation exacte d’un produit au besoin (au lieu de la vente du produit pas forcément le plus adapté mais le plus rentable) en opposition avec un principe de production industrielle uniformisé,
  • étapes de recyclage souvent techniquement complexes et coûteuses mais pas toujours accompagnées d’une forte rentabilité compte tenu du prix de vente des matières en sortie

De plus, la mise en œuvre de collaborations inter-entreprises entre producteurs de sous-produits et utilisateurs ou entre producteur et recycleur présente néanmoins quelques freins sur différents plans :

  • culturel, par le manque parfois de connaissance des sous-produits générés, et la logique du secret qui peut rendre difficile l’échange d’information entre deux industries
  • financier, au regard des investissements nécessaires pour les infrastructures (pipeline, etc…) lié aux échanges.
  • technique, de par la difficulté de déployer parfois cette logique dans des zones d’activité existantes
  • juridique, lié à la réglementation sur les déchets pouvant compliquer voire rendre impossible le transfert de matière

A cela, il faut ajouter une nécessité d’un engagement sur le long terme entre les partenaires et une interdépendance entre eux.

… toutefois surmontables mais sous réserve de changements de mode de fonctionnement économique…

Afin de rendre compatible les intérêts environnementaux évidents que permet l’économie circulaire avec les intérêts économiques et les risques liés aux paramètres concurrentiel dont dépendent les industries et autres entreprises, deux facteurs peuvent être utilisés : la règlementation qui impose ces contraintes mais limite l’impact concurrentiel compte tenu de son application à tous et les changements organisationnels permettant une adaptation rentable voire financièrement valorisable des entreprises.

Ces changements organisationnels peuvent être envisagés principalement sous trois formes :

  • en solution de base, l’ajout à l’activité de production pure d’une activité de réparation des produits voire un service de maintenance régulière
  • la conversion de la vente à la location afin d’atténuer pour l’acheteur le surcout lié à une augmentation de qualité du produit et à la réduction de la fréquence de vente de nouveaux produits et assurer un revenu régulier au producteur
  • en solution plus avancée, un fonctionnement de l’entreprise selon un principe d’économie de fonctionnalité (==> voir site) c’est-à-dire de vente de l’usage du produit au lieu du produit lui-même ce qui donne à la société un contrôle et un intérêt direct sur l’ensemble du cycle de vie de l’appareil

Conclusion

Le principe économique de croissance continue a oublié le caractère limité des ressources à notre disposition en mettant en place une économie principalement linéaire puisant sans limite dans les ressources naturelles et produisant en excès des déchets que la planète ne peut digérer. Aujourd’hui, ces limites se rappellent à nous et des changements sont nécessaires. Il ne faut pas croire pour autant que ce changement induit forcément un retour au confort précaire de l’âge de pierre : le simple bon sens et la recherche de solutions globales peut permettre une transition vers un système simplement raisonnable.

L’économie circulaire est une de ces solutions de bon sens et elle a d’ores et déjà fait preuve de sa viabilité de son fort intérêt environnemental et même de son intérêt économique. Ce principe simple global d’économie circulaire doit aujourd’hui être traduit par des solutions spécifiques locales, propres aux conditions et problématiques de chaque unité fonctionnelle d’application (entreprise dans le cas de l’économie de fonctionnalité ou de l’éco-conception, zone industrielle dans le cas d’écologie industrielle, territoire plus étendu dans le cas de la satisfaction de l’ensemble des besoins d’une population).

Il ne faut toutefois pas oublier que, si cette économie circulaire propose une amélioration forte au regard de l’irréaliste durabilité de l’économie linéaire encore majoritaire actuellement, elle n’en est pas parfaite pour autant. La population humaine croissante confrontée à des ressources limitées ne permet pas d’envisager une croissance de consommation illimitée pour tous quelle que soit l’étendue de recyclabilité des éléments consommés.

 

"Le monde contient bien assez pour les besoins de chacun 
mais pas assez pour la cupidité de tous"
Gandhi
 
 Christophe CAMILLA & Audrey MADELENEAU

 

 Petit lexique


Eco-conception  
L'éco-conception consiste à prendre
en compte la protection de l’environnement
dans la conception des produits et services.
Un éco-produit est donc conçu de façon
à limiter ses consommations de ressources
naturelles, optimiser ses impacts
sur l’environnement et sur la santé humaine
tout au long du cycle de vie

Economie de fonctionnalité
Substitution de la vente de l’usage
d’un bien à la vente du bien lui-même

Ecologie industrielle 
Ensemble d’opérations de rationalisation
de la production par une collaboration inter-
entreprises (optimisation des consommations
énergétiques et matérielles, minimisation 
des déchets  à la source, réutilisation 
des rejets pour servir de matières premières
à d’autres processus de production)

 

Liens pour aller plus loin 

Tour du monde en 80 jours

Économie de fonctionnalité

Éco-conception

 




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