Parole P24 - EHS : un sujet électrique et hypersensible

05/04/2012

Très controversé en France, le lien entre champs électromagnétiques et symptômes est pourtant reconnu depuis quelques années par l’Organisation Mondiale de la Santé et par plusieurs de nos voisins européens…

Cette nouvelle "parole de la promo 24" propose quelques éléments et un témoignage pour mieux comprendre ce phénomène encore peu étudié dans l’hexagone.


Le témoignage d’une personne électrohypersensible

Nous avons interrogé Sébastien qui vit en Alsace. Il souffre d’hypersensibilité aux champs électromagnétiques. Il a bien voulu répondre à nos questions pour la rédaction de cet article.

VH et MJ : Depuis quand vos troubles sont-ils apparus ?

Sébastien : Il y a 4 ans pendant l’hiver. Je m’en suis rendu compte avec mon téléphone portable et mon ordinateur portable connecté en WIFI.

VH et MJ : Est-ce que les symptômes sont apparus brutalement ?

Sébastien : Non, ça a évolué progressivement avec une phase de pallier. Par après, c’est devenu vraiment violent. Les premiers arrêts maladies ont eu lieux 2 semaines avant le mois de novembre 2011. Depuis, je n’ai plus travaillé.

VH et MJ : Comment se manifestent ces troubles ?

Sébastien :Il faut comprendre que je ressens le champ électrique qui compose une onde électromagnétique. A ce niveau il faut distinguer les champs électriques non pulsés (réguliers) et pulsés. Pour tout ce qui est non pulsé et lié au domaine de la basse fréquence (lignes haute tension, appareils liés au 50 Hz) ainsi qu’aux hautes fréquences (ondes radios, téléphone fixe sans fil…), je ressens des brûlures au niveau du torse et des parties génitales. Ce sont des brulures intenses. Avec les téléphones portables, les antennes relais, le wifi/bluetooth et les radars (ondes pulsées haute fréquence), là, je ressens comme des coups de poignard dans le cerveau et dans le colon et au bout de quelques minutes voir de manière instantanée lors de mes pics de douleur. Lorsque celle-ci est trop violente, j’ai des pertes de mémoire à court terme et de repère spatial. Si je m’enlève de l’exposition ça s’arrête quasi tout de suite en fonction du temps de l’exposition. J’ai mal à la tête après et je suis fatigué à cause de la douleur.

VH et MJ : Qu’est-ce que ça a changé dans votre vie privée et professionnelle ?

Sébastien : Je ne travaille plus depuis 5 mois. J’ai une sensibilité à partir d’environ 3-4 µW/m² pour les ondes régulières non pulsées. Pour ce qui concerne les ondes pulsées, j’ai une tolérance plus faible inférieure à 1 µW/m² et difficilement mesurable avec des appareils de routine. Les symptômes ne sont pas les mêmes et la sensibilité est différente. Sur mon lieu de travail on est à environ 2 000 µW/m². J’ai acheté des habits de protection (caleçon, teeshirt, bandana) qui jouent le rôle de cage de Faraday. Mais le problème c’est que plus on monte haut dans les fréquences, plus il est difficile de se protéger car il faut que la maille soit la plus resserrée possible. Les ondes peuvent quand même rentrer dès qu’il y a une fente. Je mets ces habits de protection pour aller au travail et dans les lieux publics.
Les habits sont efficaces pour des fréquences d’intensité relativement basses, mais dans les grandes villes ça ne suffit pas. Je me suis fait en plus une armure supplémentaire avec de l’aluminium alimentaire plastifié. Avec tout ça j’arrive à tenir 6 heures, mais après je suis « atomisé » pendant trois semaines. J’ai dû résilier le bail de mon appartement pour déménager là où les valeurs sont quasi nulles.

VH et MJ : Quel est le regard des personnes lorsque vous évoquez votre problème ?

Sébastien : Personnellement je n’ai pas trop de souci à ce niveau-là. J’ai été en arrêt longtemps. J’ai pu travailler sur le sujet et j’ai pu démontrer mon problème concrètement d’un point de vue scientifique. Mais je sais qu’il y a beaucoup d’électrosensibles qui souffrent du regard des autres car leur maladie apparait comme psychosomatique. C’est un problème qui est peu connu. Mais il y a quand même des choses possibles. Par exemple pour l’année prochaine, je pourrai bénéficier du statut de travailleur handicapé ce qui facilitera mon changement de poste. J’ai demandé une compensation financière de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) pour l’achat de matériel. Il faut noter que l’OMS reconnait cette affection comme un handicap.

VH et MJ : Avez-vous consulté plusieurs médecins, avez-vous été écouté et vous a-t-on donné des
solutions ?

Sébastien : Mon médecin a été conciliant. Il me connaissait et savait que c’était crédible. Il y a un médecin à Paris qui se dit spécialiste de l’hypersensibilité. Il diagnostique l’hypersensibilité avec un encéphaloscan, une prise de sang et une échographie Doppler. Le problème c’est que c’est coûteux et non remboursé par la sécurité sociale. Mon médecin n’a pas souhaité que j’y aille d’autant plus que j’avais déjà dépensé beaucoup d’argent pour les protections et que la reconnaissance du statut d’électrosensible n’a aucune valeur juridique en France.

VH et MJ : Faites-vous parti d’une association qui milite pour la reconnaissance de ce problème ?

Sébastien : J’ai été en contact avec une personne qui s’occupe de l’association « Une terre pour les EHS ». J’ai cru comprendre que c’était la plus grosse association qui représentait les électrosensibles. Il y également d’autres associations qui se penchent sur le problème. Moi, je n’ai pas envie de militer. Je trouve que les militants sont un
peu contre tout. Lorsqu’on prend les études qui existent, on se rend compte qu’elles ont soit été réalisées par des militants ou soit, à l’opposé, par des personnes représentants les entreprises des télécommunications. Plus de neutralité dans les études permettrait plus de visibilité et de crédibilité.

VH et MJ : Avez-vous identifié certains facteurs comme l’alimentation qui renforcerait ou diminuerait les
symptômes ?

Sébastien : Pour l’instant je ne peux pas le dire. Mais la fatigue joue un grand rôle. Le sommeil aussi est important. Je pense qu’au niveau sanguin il doit aussi y avoir des choses à équilibrer, qu’il faut renforcer l’organisme. A une époque j’avais une carence en vitamine D. J’en ai pris et ça m’a permis d’aller mieux. Alors est-ce que ça vient du repos ou juste du rééquilibrage, je pense plutôt pour l’ensemble de l’hygiène de vie à laquelle je m’astreins. Il faut surtout ne plus être exposé et ne pas « tirer sur la corde » de l’organisme.

VH et MJ : Connaissez-vous l’étude française sur l’électrosensibilité qui vient d’être lancée au mois de février ?

Sébastien : Oui. Le premier problème de cette étude est qu’elle est sous la responsabilité de la directrice de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris qui fait partie du conseil d’administration d’EDF. Même si le travail est bien fait, je pense que ce n’est pas bon pour la crédibilité de l’étude. Le deuxième problème est le type d’appareil qui va être utilisé pour faire les mesures. Il ne couvre pas toutes les plages de fréquences, notamment les basses fréquences que je ressens aussi (comme les télévisions ou les écrans d’ordinateur). Si l’appareil affiche 0 alors que j’ai mal alors on va dire que c’est psychosomatique. Donc si la recherche porte uniquement sur les hautes fréquences, l’étude est faussée. Au niveau de l’appareil, il faut un appareil qui ait une sensibilité de l’ordre de 0,0001
µW/m² avec une sonde isotropique (multidirectionnelle). Il faut pouvoir reconnaitre les ondes pulsées qui peuvent durer quelques millisecondes. Ce sont des appareils très volumineux, qui coûtent près de 2000 euros et qui sont limités à certaines plages de fréquences. Il en faudrait donc plusieurs, un pour chaque plage.

VH et MJ : Que pensez-vous qu’il faille faire par rapport à ce problème ? Plus d’informations ? Plus d’études ?

Sébastien : Pour moi, les études pourront montrer aussi bien une chose que son contraire. Je pense que les industriels connaissent déjà un certain nombre des choses que ce soit pour les lignes à haute tension. Ou les téléphones portables, pour lesquels on recommande de ne pas les conserver dans la poche et de porter une oreillette. Par contre, je pense que les antennes relais ont des puissances trop importantes. Il y a certains pays comme l’Autriche qui ont préféré mettre plusieurs petites antennes plutôt qu’une seule avec une plus grosse puissance d’émission. Aujourd’hui avec tous les appareils sans fil, il y a une surexposition permanente et je pense que tout ça n’est pas nécessaire.

VH et MJ : Avez-vous envie d’ajouter quelque chose qui vous tient à cœur ?

Sébastien : Je pense qu’il faut insister sur le fait que l’hypersensibilité électromagnétique génère un isolement social. Il est très difficile de se faire entendre des collectivités. Le collectif « Une terre pour les EHS » ont pour projet de faire accepter une zone blanche par région. Ce serait un village par région pour que les électrosensibles puissent vivre normalement. Ce n’est pas grand-chose, et pourtant on leur met des bâtons dans les roues. On est dans une logique commerciale du plus fort. Il y a un problème de reconnaissance de la France. Au Royaume-Uni, c’est reconnu comme une maladie. La Suède le reconnait comme un handicap. Il y a des aides financières pour pouvoir s’équiper.
Alors qu’en France, on devient fou pour faire les dossiers tellement c’est compliqué. Il y a une montagne de papiers à fournir sachant que la maladie t’empêche de faire des recherches sur internet ou d’aller dans des zones exposées.
A l’époque, dans l’armée, on appelait ça le syndrome des micro-ondes. Les militaires touchés ont eu des pensions d’indemnisation. En France on attend toujours qu’il y ait un gros problème sanitaire avant d’agir…

La toute première étude clinique lancée en France

La polémique suscitée par l’étude

Certains considèrent cette étude comme orientée car elle n’étudie que les symptômes psychiques des patients. Il n’y aura aucune analyse biologique associée. De plus, elle propose d’emblée d’orienter les patients vers une thérapie cognivo-comportementale. On part donc du postulat que la cause des troubles des patients est psychosomatique.

Le Professeur Belpomme de l’ARTAC a fait la déclaration suivante : « L'étude clinique proposée par le Pr. Choudat en France n'a aucun intérêt car le point de départ est qu'il n'y a à priori aucun lien causal entre l'hypersensibilité aux champs électromagnétiques, telle qu'on l'observe cliniquement, et les champs électromagnétiques. »

Les sources d’exposition possibles


Les sources d’exposition sont omniprésentes. Souvent plusieurs d’entre elles sont présentes simultanément. Parmi les plus répandues on retrouve : les antennes relais, les téléphones portables, les téléphones sans fil domestiques, le Wifi (Wlan), le Wimax, le Bluetooth, les fours à micro-ondes, les plaques à induction, les lampes fluocompactes, …

Le point de vue des suédois

La notion d’électro-hypersensibilité est née en Suède au début des années 1980. Dans des services de dermatologie et de médecine du travail, des personnes sont venues se plaindre de symptômes qu’elles attribuaient à leur travail sur ordinateur.
Quelques études ont été menées depuis, mais sans parvenir à mettre en évidence le lien entre symptômes et champs électromagnétiques.
Cependant, les symptômes étant bien réels et confirmés par les médecins, l’hypersensibilité électromagnétique est reconnue comme handicap depuis 1994.

Publiée en 2009, l’enquête nationale « santé – environnement » (Nationell miljöhälsoenkät 2007, NMHE), a révélé que 3,2% de la population suédoise (3,8% de femmes et 2,6% d’hommes) sont sensibles ou hypersensibles aux champs électromagnétiques. En conséquence, le gouvernement suédois a, en décembre 2011, déposé une proposition de loi. Celle-ci vise à instaurer une « zone blanche » (sans aucun champ électromagnétique) dans toutes les communes du pays. Elle permettra également d’aider les personnes sensibles à aménager leur lieu de vie de sorte à ne plus être exposées à ces champs. Les recherches dans ce domaine devront être activement poursuivies.
Ces mesures sont intéressantes et saluées par les personnes électro-hypersensibles, alors que le France lance, en 2012, une étude visant à déterminer si cette pathologie ne serait pas d’origine psychique…

Conclusion

La sensibilité et l’hypersensibilité aux champs électromagnétiques sont des pathologies réelles et dont le nombre dans la population pourrait augmenter sérieusement aux dires des spécialistes.

Une étude a certes été lancée en France, mais les personnes souffrantes ne sont pas reconnues pour autant.
Pourtant, des solutions simples existent ailleurs en Europe et qui permettent à ces personnes de mieux vivre au quotidien. La reconnaissance de l’électrohypersensibilité et sa prise en charge serait une piste à suivre, ou encore la création de « zones blanches » permettant d’améliorer le quotidien de ces personnes.

Des actions peuvent également être menées au niveau des antennes relais. Les grosses antennes à forte puissance pourraient être remplacées par de petites antennes moins puissantes mais en nombre plus important, comme c’est le cas en Autriche.

Et, de manière plus générale, et au regard de l’état des connaissances scientifiques dans ce domaine, ne serait-il pas judicieux d’appliquer le principe de précaution ?

 

Vincent HEYD & Maxime JOLY 

Définition d’un champ électromagnétique (CEM)

Bien que non perceptibles, les champs
électromagnétiques sont présents partout
dans l’environnement

Toute installation électrique crée dans
son voisinage un champ électromagnétique,
composé d’un champ électrique et d’un champ
magnétique.

Un champ électromagnétique apparaît
dès lors que des charges électriques
sont en mouvement.
Ce champ résulte de la combinaison de
2 ondes (l’une électrique, l’autre magnétique)
qui se propagent à la vitesse de la lumière.

Ainsi, tout fil électrique sous tension
produit un champ électrique dans son
voisinage. Mais contrairement aux champs
électriques, les champs magnétiques
n’apparaissent que lors du passage
d’un courant électrique
dans un conducteur.

 Présence du champ électrique et
du champ magnétique : exemple d’une lampe

Source : INRS

 Spectre électromagnétique

Source : INRS

 

L'EHS ou Electro Hyper Sensibilité

L’électro hypersensibilité, désigne une
sensibilité accrue aux champs
électromagnétiques. Les personnes
atteintes d’EHS, déclarent  ressentir
des champs électromagnétiques
d’une intensité inférieure aux limites
recommandées par l’Organisation Mondiale
de la Santé. A ce propos, l’OMS fait la
constatation suivante : 

 Depuis quelque temps, un certain nombre
d’individus signalent divers problèmes
de santé qu’ils attribuent à leur exposition
aux champs électromagnétiques.
Si certains rapportent des symptômes
bénins et réagissent en évitant autant
qu’ils le peuvent ces champs, d’autres
sont si gravement affectés qu’ils cessent
de travailler et modifient totalement leur mode
de vie. Cette sensibilité présumée aux champs
électromagnétiques est généralement appelée
"hypersensibilité électromagnétique"


Organisation Mondiale de la Santé
extrait de l’aide-mémoire n°296
Décembre 2005

 

 

Influence des champs électromagnétiques sur l'organisme

Les différentes études menées à ce jour
ont permis de relever différents symptômes
physiques suite à une exposition à des
champs électromagnétiques.

Pour aller plus loin

 

SITES INSTITUTIONNELS

Organisation Mondiale de la Santé

Portail interministériel Radiofrequences
-Santé-Environnement
 
Site où figure le détail de l’étude clinique
lancée en France sur le sujet.


Rapport de 2009 de l’AFSSET sur l’hypersensibilité

 

AUTRES SITES

Association robin des toits 
Association qui milite pour la sécurité
sanitaire dans les technologies sans fil


Une terre pour les EHS
Blog de l’association française qui œuvre
pour la création de lieux de vie pour
les personnes qui souffrent d’EHS


Collectif des électrosensibles de France


Association pour la Recherche
Thérapeutique Anti-Cancéreuse

Association présidée par
le Professeur Belpomme

Association Next UP
Association européenne pour
la protection de la santé humaine
contre les rayonnements électromagnétiques

 

OUVRAGES

Les pestiférés des temps modernes
Ouvrage rassemblant les témoignages
de personnes électrohypersensibles
dans leur vie quotidienne en Suède.
Téléchargeable gratuitement.

 




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