Parole P25 - Y a-t-il un avenir durable pour la finance durable ?

01/03/2013

La finance contemporaine brasse énormément de liquidités, mais son accès est limité pour une grande partie de la population mondiale, soit par manque d’infrastructure soit par manque de connaissances. De plus, la crise actuelle a montré les limites et mis en avant les dérives de celle-ci.

Il existe aujourd’hui de nouveaux mécanismes de financement répondant aux défis actuels du développement au niveau global, régional et local :

  • l’Investissement Socialement Responsable (ISR),
  • la finance solidaire,
  • le microcrédit.

Aujourd’hui, il est possible pour chaque individu d’agir en faveur de la finance durable. Grâce à ces mécanismes, chacun peut devenir un acteur responsable de l'économie, par ses placements, dans le choix de ses modes d’échange ou de vie. Et même si ces nouvelles formes d’épargne restent encore marginales, l’intérêt qu’elles suscitent ne cesse de croître.


Le microcrédit

Quel est le pourcentage de la population mondiale qui n'a pas accès au système financier ? Certaines sources estiment que 90% de la population mondiale n'a pas accès au crédit et plus d'un milliard d'êtres humains vivent avec moins de 1$ par jour.

Dans les pays en voie de développement, le microcrédit s'adresse à des petits paysans et à des micro-entrepreneurs.

Dans les pays industrialisés, le microcrédit vise les chômeurs, les bénéficiaires des minima sociaux et ceux qui, travaillant à temps partiel, restent en dessous des seuils de pauvreté.

En France, 12 000 microcrédits ont été accordés durant l'année 2010, pour des prêts de 6 000 euros maximum, avec un taux d'intérêt d'environ 9,7 % (Source : ONG The Microcredit Summit Campaign ), et un délai de remboursement allant de 6 mois à 4 ans.

Créé à l'origine dans les pays émergents, le microcrédit a depuis essaimé en Europe. On distingue deux types de microcrédit : personnel et professionnel.

  • Le microcrédit personnel est accordé aux personnes généralement exclues du système bancaire classique, du fait de leurs revenus trop faibles ou de la fragilité de leur situation professionnelle. D’un montant généralement inférieur à 3000 euros, il peut avoir pour objet l'acquisition de biens ou services permettant d'améliorer la situation de l'emprunteur à travers un projet personnel, comme l’achat d’un véhicule pour l’exercice de son activité professionnelle, la formation professionnelle ou encore le financement de soins de santé mal remboursés.
  • D’un montant généralement inférieur à 8000 euros, le microcrédit professionnel est accordé aux personnes exclues du marché du travail pour créer ou développer une activité professionnelle. Le demandeur d’un microcrédit ne doit pas s’adresser à une banque mais à un réseau d’accompagnement social. Celui-ci étudiera le projet et aidera à monter le dossier avant de le présenter à une banque agréée et assurera le suivi en cas d’accord.

En France depuis le vote de la loi sur la réforme du crédit à la consommation, en juillet 2010, les associations distributrices des microcrédits, comme l’Association pour le droit à l’initiative économique (Adie) peuvent directement faire appel aux particuliers. Par le biais d’une plate-forme (site Babyloanet), un particulier peut choisir le projet qu’il veut soutenir et le montant qu’il souhaite prêter à un micro-entrepreneur. C’est l’envie et la volonté de soutenir le projet qui devront animer le particulier puisque le prêt, même sans risque pour le particulier, n’est pas rémunéré.

A noter qu’en 2006, la mise en place et le développement de ce système à grande échelle ont été récompensés par le prix Nobel de la paix attribué conjointement au Bangladais Muhammad Yunus et à la banque qu'il a créée, la Grameen Bank.

La finance solidaire

Les organismes de finance solidaire se distinguent des banques classiques, par la prise en compte, dans leurs activités, d’objectifs sociaux et écologiques.

Pour les épargnants le choix de placer leur argent sur des produits financiers solidaires est dicté par la volonté de se détacher du système financier traditionnel, opaque et qui place la rentabilité maximale au centre de son activité.

L’épargne solidaire séduit toujours davantage de Français : l'épargne salariale solidaire a par exemple progressé de plus de 50% sur le 1er trimestre 20121. (Source : site internet lafinancepourtous.com) )

Dans le but d'adapter et d’encourager le cadre fiscal, juridique, et réglementaire de la finance solidaire en 2005, l’institution Finansol a été créée. Aujourd’hui il existe aussi un label Finansol, qui est attribué aux  produits financiers solidaires, selon des critères de solidarité et  de transparence.  Ces produits se repartissent en 5 grands secteurs : l’emploi, le social et le logement, l’environnement et enfin la solidarité internationale.

Fin 2011, l'encours des produits financiers solidaires atteignait 3,5 milliards d'euros, douze fois plus qu'il y a dix ans. De plus en plus d’individus sont prêts à gagner moins si on leur montre que leur épargne peut être utile à la société. Cet argent sert à financer des projets consacrés à l'environnement (43 %), au logement social (33 %), à l'emploi (19 %) et à l'aide aux pays du Sud (5 %).

Le succès de la finance solidaire tombe à pic, car le gouvernement fait de l'essor de l'économie sociale et solidaire (ESS) une priorité. Une loi-cadre sera adoptée en ce sens au premier semestre 2013. La future Banque publique d'investissement (BPI) consacrera 500 millions d'euros de crédits à l'ESS.  Le potentiel est grand car beaucoup de produits financiers sont aujourd'hui peu ou pas du tout solidaires, mais pourraient le devenir. Une question reste actuellement en suspens : l’ESS est-elle assez solide pour franchir le cap de cette priorité politique ?

L'investissement socialement responsable ou ISR

L’ISR est né aux USA dans les années 20 à l’initiative de congrégations religieuses qui refusaient d’investir dans des «valeurs du péché» (alcool, pornographie, jeux de hasard, tabac, etc.) La forme actuelle de l’ISR est un investissement qui ne se base pas uniquement sur les performances financières des entreprises et des Etats mais aussi extra financières (politique sociale, environnementale et leur gouvernance). Autrement dit, l’ISR est l’application du développement durable aux placements financiers. ll permet de jouer un rôle plus responsable et actif dans l‘économie sans pour autant renoncer à la performance financière.

Aujourd’hui, la finance durable est devenue plus accessible : en 2011, les encours ont augmenté de 69% principalement grâce au changement de politique des sociétés de gestion ayant investi dans l’ISR. Un particulier peut en effet souscrire à un investissement ISR, directement auprès de son établissement financier sous la forme de fonds ISR ou à travers des produits d’assurance-vie, d’épargne salariale et de retraite comportant des fonds ISR. (cf. la liste des produits disponibles sur le marché français sur le site de Novethic).

L’approche ISR permet à l’épargnant de mieux maîtriser les risques financiers liés à son investissement. Pour sélectionner les entreprises, il existe :

  • La sélection « Best in class » : privilégier les émetteurs les mieux notés d’un point de vue extra financier.
  • L'exclusion : exclure les entreprises selon la nature de leur activité (tabac, armement, jeu,…) ou certaines pratiques (travail forcé, corruption,…).
  • L'approche thématique : favoriser les entreprises agissant dans un secteur donné comme les énergies renouvelables, l'eau, le traitement des déchets, la santé,…
  • L’engagement actionnarial : politique de l’entreprise décidée par les actionnaires (grâce à un dialogue direct avec les dirigeants et à leur droit de vote en Assemblée Générale).

A noter que depuis plusieurs mois, l’ISR est la cible de critiques, principalement en ce qui concerne les méthodes de sélection des gestionnaires. En effet, comme l’indique la fédération bancaire française dans son mini-guide bancaire de septembre 2012 : « il n’est pas possible d’exclure toutes les activités sensibles (pétrolières, minières,…) au sein de fonds ISR ». Et même si les gérants essayent de faire changer les mentalités, ce sont les bonnes pratiques des entreprises qui priment.

Depuis 2008, le monde n’a pas souffert uniquement d’une crise de croissance mais d’un mal financier plus profond. Il est peut-être temps d’avoir une approche plus éthique du business. Mais comment savoir ce qui est éthiquement acceptable dans le domaine de la finance ?

La première action vertueuse est de s’assurer que sa banque est responsable. En cas de doute, le temps est peut-être venu de changer de banque et de chercher à avoir ainsi plus de garanties que son argent contribue à préserver la planète et non à la piller.

 

Regina LAMOUR & Arnaud MARTIN

 

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