Parole P25 - Gaspillage alimentaire : un scandale mais des solutions possibles…

19/03/2013

La prise de conscience de l’ampleur du gaspillage alimentaire a attendu le XXIème siècle pour apparaître. Cette prise de conscience d'une situation inadmissible pointe également les conséquences environnementales et humaines qui y sont liées et qui sont loin d’être anecdotiques.

Retour sur ce gachis alimentaire à une époque où nombre de personnes, en France et dans le monde, peinent à manger à leur faim.


Un constat …

Le gaspillage alimentaire est un scandale quotidien de nos sociétés de consommation : sur 900 kg de production agricole comestible par personne et par an , ce sont 300 kg, en Europe et en Amérique du Nord, qui sont jetés, sur toute la chaîne allant du champ à l’assiette(1).

Ce constat est le symptôme du manque de conscience du grand public quant aux origines des aliments et aux impacts de leur production sur l’environnement et pour les pays du Sud : un milliard de personnes souffrent de malnutrition sur la planète alors que les pays du Nord fournissent 150 à 200% des besoins nutritionnels à leurs populations.
Dans les pays occidentaux, il serait possible d’économiser 33% des aliments produits, soit assez pour répondre aux besoins nutritionnels de … 3 milliards d’êtres humains supplémentaires !
Jean Ziegler souligne aussi que, dans son état actuel, l’agriculture mondiale pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains, soit 2 fois la population actuelle … (2)

Il n’existe donc aucune fatalité, seulement un système mondial légitimé par quelques puissances économiques qui aboutit à cette situation indécente pour les citoyens du Nord, affamante pour les populations du Sud.

Pourquoi un tel gaspillage ?

Ce système s’explique en partie par la crainte du manque, qui légitime la surconsommation et le désir d’abondance cultivé dans notre société. Les supermarchés poussent à la consommation en proposant en permanence une profusion d'article : portions plus importantes pour des prix moins élevés, publicité, etc...
Par ailleurs, la FAO (3) estime que, dans dans les pays industrialisés, la consommation calorique dépasse de 70 à 90% des besoins réels , ce qui n’est pas sans impact sur notre santé.
Les consommateurs perdent la connaissance des mécanismes de production alimentaire, ce qui conduit à une banalisation de l’alimentation en toute période de l’année, qui n’a plus qu’une valeur faible à leurs yeux. Les normes d’hygiène, aujourd’hui poussées à l'éxcès,  conduisent à la mise au rebus de produits encore parfaitement consommables. A ce titre, l’industrie agro-alimentaire standardise les saveurs et conduit à la perte progressive du goût, qui fait disparaître l’attrait de la surprise d’un plat et le plaisir de sa dégustation.

Des solutions possibles…

Tous ces facteurs conduisent à un gaspillage quotidien des aliments par chacun des acteurs de la fourche à la fourchette. Cette surconsommation des pays du Nord participe à des modes de production agricoles énergivores, émissifs de gaz à effets de serres, nuisant à la fertilité des sols et consommant des surfaces agricoles qui pourraient être économisées ou utilisées à des fins plus pertinentes.

Diverses solutions à des échelles différentes sont proposées par des associations citoyennes. C’est le cas de SOLAGRO, auteur du scénario AFTERRES 2050 (4) 

Le scénario Afterres 2050 (4)

Inspiré de la démarche Négawatt , l’association Solagro présente le scénario "Afterres 2050" sur l’utilisation des terres en France. La démarche critique les gaspillages dans le domaine agro-alimentaire, dû en partie au déséquilibre des menus alimentaires des occidentaux.

Le scénario Afterres 2050 définit 3 axes de travail :

  1. Demande alimentaire : le simple fait d’inverser nos habitudes alimentaires en mangeant plus de fruits et légumes, céréales et légumineuses (haricots, lentilles, pois chiche…), et de modérer notre consommation de protéines animales permettrait de libérer des millions d’hectares à l’échelle planétaire. Ce sont en effet 82% des terres agricoles mondiales qui sont affectées à la production de viande et de lait. Manger moins, mieux et plus sain est au cœur des préconisations du programme.
     
  2. Utilisation d’énergies et matériaux : Afterres 2050 préconise une division par 4 des émissions de CO2, dans la mesure du possible sur la base de 1990, à l'horizon 2050.
     
  3. Pratiques agricoles : le scénario appelle à une agriculture silvo-pastorale, qui préfère la culture de plus de fruits, légumes et légumineuses. Les terres sont alors utilisées à moindre coût écologique. Cette pratique ne doit cependant pas cesser de s’alterner avec l’élevage ovin, qui permet d’accéder à des terres inaptes à d’autres cultures. L’agroforesterie fait aussi partie des préconisations et consiste en l’association de plantations d’arbres dans des cultures ou des pâturages.

Conclusion

Le gaspillage alimentaire invite à une lecture des impacts à l’échelle planétaire. Nous venons de le voir, des solutions existent, sans nier la complexité du monde. Il faut pour cela que le changement vienne des consommateurs citoyens, qu’ils comprennent l’importance d’un changement d’alimentation et l’impact qu’elle peut avoir sur les paysages, les consommations énergétiques, les agriculteurs d’ici et d’ailleurs. Pour y parvenir, il faut sensibiliser, expliquer, rappeler, encore et encore… Et fédérer les actions à l’échelle des territoires alors qu'elles restent souvent isolées.

 
Myriam BRAND & Marie DUPONT
 
Notes 

(1) « La grande (sur-) bouffe, Tristram Stuart, Rue de l’échiquier
(2) Jean Ziegler, destruction massive – géopolitique de la faim, édition du seuil
(3) Food and Agriculture Organisation, soit l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
(4) Scénario pour l’Agriculture, la Forêt, et l’utilisation des TERRES à l’horizon 2050

 

En savoir plus 

 

Ouvrages

 « La grande (sur-) bouffe »,
de Bruno LHOSTE
Edition Rue de l’échiquier

 Global Gâchis, le scandale du
gaspillage alimentaire 

de Tristam Stuart

A paraître en 2013

sur le Net

 Emission Terre à terre
France Culture - 19 nov. 2011

 Afterres2050" :
quelle utilisation des terres
en 2050 en France ?

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