Parole P23 - Commerce équitable, de quoi parle-t-on ?

09/05/2011

Notre article ne rappellera pas les raisons qui ont vu l’émergence du commerce équitable ou même l’ensemble de ses fondamentaux qui sont aisément disponibles sur les différents sites internet mentionnés plus loin. Nous choisirons plutôt de montrer en quoi le commerce équitable s’inscrit dans un développement durable et de pointer les acteurs crédibles du commerce équitable pour permettre à chacun d’avoir des repères sur les pratiques authentiques. Nous verrons ensuite les événements prévus pour la Quinzaine du commerce équitable 2011 qui se tient comme à l’accoutumée en mai.

Commerce équitable et développement durable


Le commerce équitable en deux mots

L’ensemble des acteurs du commerce équitable s’accorde pour dénoncer les « méfaits » du système libéral actuel, accusé d’accélérer la paupérisation de la plupart des pays du Sud. Par opposition, le commerce équitable se veut un « commerce plus juste, à visage humain », instaurant des relations d’échange « plus directes » entre les producteurs du Sud et les consommateurs du Nord, afin de garantir aux producteurs des conditions de travail décentes et pérennes (voir plus loin la définition émanant du réseau FINE).
Ainsi, les prix de production sont déterminés non seulement par les coûts économiques, mais en prenant aussi en compte les coûts de production humains, sociaux et environnementaux. Le schéma suivant montre par un exemple l’impact sur la décomposition du prix d’une denrée alimentaire.

Le commerce équitable peut concerner toutes sortes d’articles : des vêtements, de l’alimentation, de la papeterie ou des meubles.
Même s’il reste encore marginal ce commerce est en pleine croissance, avec une augmentation des ventes de 47% entre 2006 et 2007. Le commerce équitable concerne actuellement 1,5 millions de producteurs dans une soixantaine de pays à travers le monde et profite ainsi à plus de 7 millions de personnes.
 

 

Et le développement durable ?

Depuis quelques années le commerce équitable revendique sa parenté avec le développement durable dont un des grands principes est la solidarité, non seulement entre générations mais aussi au niveau géographique.

- Justice et développement social :

Il s’agit ici des fondements même du commerce équitable, basé sur le respect des droits de l’homme et de l’enfant, le droit à des conditions de travail décentes, et à un prix de vente juste et transparent. L’ensemble est reflété dans les cahiers des charges sous la forme de nombreux critères sociaux.

- Développement économique :

Le commerce équitable a pour premier objectif d’améliorer le bien-être économique et social des producteurs désavantagés par le système du commerce conventionnel, en créant pour eux des opportunités commerciales et en les soutenant par des crédits avant la récolte ou avant la production. Il ambitionne également d’œuvrer au niveau politique pour changer les règles du commerce international dans leur ensemble.

- Protection de l’environnement 

Depuis quelques années, les cahiers des charges des produits issus du commerce équitable ont intégré plusieurs mesures allant dans le sens de la protection de l’environnement. Ainsi, le cahier des charges de Max Havelaar comporte aussi des critères environnementaux : interdiction d’utiliser certains pesticides, incitation à l’instauration de pratiques écologiques de maintien de la fertilité des sols (compostage, lombriculture, …), de conservation des sols (lutte contre l’érosion), mise en place de mesures pour assurer la protection physique des employés maniant des produits chimiques dans les plantations, etc.

 Les acteurs du commerce équitable

Comme il y a presque autant de pratiques que d’acteurs du commerce équitable le concept peut paraître protéiforme et reste assez mal connu dans sa diversité par le consommateur. Marques, labels, filières, visions antagonistes, il est parfois difficile de s’y retrouver. On manque cruellement de repères pour évaluer le bien fondé de telle ou telle démarche qui se réclame du commerce équitable. Pour autant il existe des acteurs bien identifiés qui développent des approches différentes mais cohérentes avec les principes premiers du commerce équitable.

Au niveau International

Il existe une structuration internationale où se retrouvent les véritables acteurs du commerce équitable. Ils se réunissent dans trois réseaux distincts bien identifiés :

 WFTO, World Fair Trade Organisation a été créée en 2008 pour remplacer l’IFAT existant depuis 1989. Elle regroupe plus de 350 organisations dans 70 pays dont 65% au Sud. Elle est essentiellement composée de groupes de producteurs, d’organisations de commerce alternatif et d'autres opérateurs du commerce équitable. Son objectif est principalement d’améliorer la vie des producteurs défavorisés en les mettant en contact avec des organisations du commerce équitable. En France ses représentants les plus importants sont la Fédération Artisans du Monde, la Plate Forme pour le Commerce Equitable ou encore Alter Eco.

L’EFTA, European Fair Trade Association , créée en 1990, regroupe 12 organisations européennes de commerce équitable. C'est la fédération des importateurs européens de produits issus du commerce équitable. Sa mission est d’appuyer ses organisations membres en les incitant à coopérer et elle met en œuvre des campagnes de lobbying auprès des décideurs politiques pour militer pour un assouplissement du protectionnisme européen à l’égard des exportations des pays du Sud. En France, Solidar'Monde, qui est la centrale d’achat d’Artisans du Monde, est le représentant de l’EFTA.

 FLO, Fair Trade Labelling Organisations International, créée 1997, fédère 20 initiatives nationales sous les noms Max Havelaar, Fairtrade et Transfair. Elle est le seul organisme international de certification du commerce équitable. Elle a notamment pour mission de définir les standards internationaux du commerce équitable, en accord avec les producteurs, qui portent sur les conditions de production et de commercialisation. En France c’est Max Havelaar France qui en est son représentant.

Ces organisations internationales, ainsi que NEWS, un réseau européen de magasins du monde aujourd’hui intégré à WFTO, se sont regroupées dans le réseau informel FINE.
Ce réseau permet d’échanger de l’information et de trouver des positions communes.

Les trois organisations internationales se sont ainsi entendues sur une définition du commerce équitable qui fait référence :

Le Commerce Équitable est un partenariat commercial, fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète. Les organisations du Commerce Équitable (soutenues par les consommateurs) s’engagent activement à soutenir les producteurs, à sensibiliser l’opinion et à mener campagne en faveur de changements dans les règles et pratiques du commerce international conventionnel".
(Définition consensus FINE)

Au niveau national

Quatre acteurs fiables émergent au niveau national :

La Plateforme pour le Commerce Equitable, créée en 1997, est une association regroupant la plupart des acteurs français. Différentes pratiques du commerce équitable y sont représentées. La plateforme vise à faire reconnaître le commerce équitable dans notre pays (événementiels), à consolider la crédibilité des pratiques de ses membres et à en valoriser les activités.

Max Havelaar France, créée en 1992, est une association à but non lucratif qui gère et promeut le label international « Fairtrade - Max Havelaar ». On retrouve le logo Max Havelaar sur plus de 3000 produits de consommation courante.

 

La Fédération Artisans du Monde, créée en 1981, est une fédération créée par des associations locales Artisans du Monde. Elle compte 137 associations locales membres et sa démarche de commerce équitable est celui de la filière intégrée. C’est à dire la filière qui ne repose pas sur la labellisation. La fédération appuie le développement et le renforcement du réseau.

Minga, créée en 1999, regroupe des citoyens et environ 80 structures professionnelles. Elle fait la promotion d’une démarche commerciale basée sur une exigence d’équité aussi bien dans les échanges locaux (Nord-Nord) qu’internationaux (Nord Sud). C’est une démarche de filière intégrée.

Il existe une multiplicité d’autres opérateurs du commerce équitable dans notre pays et la transparence n’est pas toujours de mise. En l’absence pour l’instant de législation claire, la meilleure manière pour le consommateur de se faire une idée c’est de bien assimiler les principes généraux du commerce équitable (voir les sites web des acteurs décrits ci-dessus) et de s’en servir pour analyser de manière critique le produit où la démarche qu’on lui présente.

A l’avenir la mise en place de la Commission nationale pour le commerce équitable (CNCE), organisme mixte qui associe représentants de l’Etat et représentants de la société civile, permettra d’instaurer un référentiel exigeant qui visera à reconnaître les organismes qui commercialisent des produits équitables. Ce futur cadre légal qui est reconnu par la Fédération Artisans du Monde, Max Havelaar France et la Plate-Forme pour le Commerce Equitable, permettra de clarifier les pratiques du secteur.

En conclusion

Le commerce équitable connaît une notoriété et un succès croissants, témoins d’une volonté de solidarité de nombreux consommateurs du Nord vis-à-vis des producteurs du Sud.

Son ancrage au niveau du développement durable est indéniable mais connaît toutefois des limites. En effet, il ne faut pas négliger les risques de favoriser monoculture et production intensive, néfastes pour l’environnement, mais aussi d’encourager les cultures d’exportation au détriment des cultures vivrières. De plus, les impacts du transport sont encore peu pris en considération, qu’il s’agisse des émissions de gaz à effet de serre liées au transport aérien ou des conditions sociales du transport maritime.

Au niveau économique, le commerce équitable n’est pas la panacée et n’est pas généralisable à l’ensemble du système commercial car sa viabilité repose encore partiellement sur les subventions, le bénévolat et la générosité des consommateurs. Cependant, ce nouveau mode de commerce a le mérite de mettre l’accent sur la nécessité de repenser le principe même du commerce Nord-Sud. Il reviendra donc aux politiques de prendre les mesures de rééquilibrage nécessaires pour inventer un développement humainement durable.

Thomas GARCIA & Corinne GATINEAU

 

La Quinzaine du commerce équitable

Au niveau national

Initiée en 2001 par la
Plate-Forme pour le Commerce Equitable,
la Quinzaine du Commerce Equitable est
le rendez-vous annuel du secteur.

Ce moment fort se tiendra cette année
du 14 au 29 mai dans toute la France.

A l’origine il est clairement positionné
sur les échanges Nord-Sud
mais depuis peu il s’ouvre à d’autres thèmes
de la consommation responsable.
Tous les grands réseaux de
commerce équitable nationaux
sont représentés. 

Manifestations, animations en magasins,
petits-déjeuners, pique-niques, conférences,
débats sont proposés par des milliers de bénévoles.

Les marques de commerce équitable
ne sont pas en reste puisqu’elles profitent
de ce rendez-vous pour communiquer
sur leur démarche et proposer
des opérations commerciales.

« La Quinzaine » a grandement
contribué à agir positivement
sur la notoriété du commerce équitable.
Celle-ci est passée de 9%
en 2000 à 95% en 2009.

On peut trouver l’agenda et le détail
des événements prévus à l’adresse suivante

www.quinzaine-commerce-equitable.fr/eventmap.html

En Alsace

A l’occasion de son dixième anniversaire
le Collectif pour la promotion du commerce
équitable en Alsace (COLECOSOL)
co-organise – avec la Chambre de  
Consommation (CCA) – une manifestation
centrée sur la consommation responsable
intitulée
« Vivre & Consommer Autrement :
le salon de la consommation responsable
».  

Cette manifestation se déroulera sur 4 jours au
Pavillon Joséphine de l’Orangerie à Strasbourg
du 19 au 22 mai inclus

Elle comportera 3 volets distincts :


Un volet « Jeunes » :
le jeudi 19 mai


Une journée de découverte pour les jeunes
d’âge scolaire où des ateliers seront
proposés autour de thèmes liés à la
consommation responsable :
l’alimentation, le commerce équitable,
l’eau, les déchets, les « éco-gestes », …

Ces ateliers prendront des formes variées :
jeux de rôle, exposition avec parcours
pédagogiques, projections suivies
de tables rondes, bricolage,
animation musicale, goûter équitable, …


Un volet « Territoires et Entreprises » :
le vendredi 20 mai

Cette journée sera destinée plus
particulièrement aux collectivités territoriales
postulantes ou simplement intéressées
par la démarche des
« Territoires de Commerce Equitable »
(TdCE) initiée par Max Havelaar France
Cette journée comprendra des
présentations, des partages d’expériences,
des rencontre avec des fournisseurs …


Un volet « Tout public » :
les samedi 21 et dimanche 22 mai

Entre 50 et 60 exposants seront
regroupés autour de 6 thématiques :

  • − Se nourrir autrement
  • − S’équiper, jouer et se divertir autrement
  • − Se vêtir autrement
  • − Se déplacer autrement
  • − Voyager autrement
  • − Participer et s’impliquer

Des animations « ludiques » et/ou
informatives seront proposées aux visiteurs
tout au long des deux journées
tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Pavillon.

L’accès au Salon et aux différentes animations sera libre.

 




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