Parole P24 - Les grands prédateurs à la reconquête de leurs territoires !

05/11/2011

Qu'on se le dise, l'homme n'est plus le seul prédateur dans les massifs montagneux de l'hexagone. De manière naturelle ou non, les grands prédateurs sont de retour...

Même si le spectre de la disparition de ces animaux s'éloigne, leur présence en France demeure précaire.

Après avoir "exterminé", et le terme n'est pas trop fort, la plupart des grands prédateurs européens, l'homme a-t-il la capacité et surtout la volonté de partager un espace qu'il a mis tant d'années a apprivoiser ?

En effet, le retour de ces espèces (lynx, loup, ours) n'est pas perçu de la même manière par l'ensemble des acteurs.

Nous ne ferons pas ici une typologie de ceux qui ont a y gagner ou a y perdre, les médias le font très bien à notre place. Nous voudrions interpeller nos lecteurs sur un certain contre-sens : pourquoi vouloir réintroduire certaines espèces que nous avons par le passé fait disparaître ?

Nous ne pouvons pas remettre en cause les générations passées et leurs pratiques car les notions environnementales ne faisaient pas toujours partie de leurs préoccupations. Mais à travers ces termes, nous apportont deja une esquisse de réponse à la question ci-dessus...

Cet article propose de faire le point sur le lien charnel qui existe entre l'homme et les grands prédateurs, lien qui au fil de l'histoire s'est souvent déchiré et que l'homme tente aujourd'hui de retisser.


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Les grands prédateurs : premières victimes de l'anthropisation ?

Il est indispensable de se replacer dans le contexte historique de l'époque. L'homme a toujours chassé les grands prédateurs, pour des raisons bien différentes. Ils inspiraient crainte, méfiance mais aussi respect.

Ils ont également subi les premières conséquences de la "mondialisation" du fait d'une pression humaine devenue insoutenable. Ainsi, ces espèces déclarées en voie d'extinction au début du XXème siècle prennent définitivement leurs places dans les mythes et les légendes.

Avant d'entrer dans la sphère mythique, les grands carnivores ont prospéré sur l'ensemble du territoire français. Ce temps allait toucher à sa fin, révolu par les prémices d'une activité anthropique, qui aujourd'hui, atteint certainement son paroxysme.

Leur discrétion et un manque de connaissances évident à leur sujet fera naître dans l'imaginaire des hommes une certaine crainte. En effet, les moeurs et les us qu'on attribue aux grand prédateurs dès le début du XVIème siècle ne sont pas flatteurs : on les dit sanguinaires, associables, vagabonds et instables. Ce premier contexte commence donc à fragiliser les faibles populations existantes, victimes des grandes battues organisées dans les campagnes françaises.

 Cette époque marque aussi l'intensification du commerce, et notamment celui des fourrures dues aux exigences aristocratiques du moment. Les grands prédateurs, déjà en danger, sont les premiers affectés par ce nouveau commerce.

Enfin, un troisième élément, et pas des moindres, scellera le sort du loup, du lynx et de l'ours : la découverte, des armes à feu, conjuguée à une chasse sans réglementation joueront un double rôle dans la quasi exctinction de ces espèces. Indirectement par la réduction de leurs proies privilégiées (cervidés) également chassées, et directement en étant des animaux convoités par les chasseurs.

Mises à part les causes directes de disparition telles que la chasse, les causes indirectes sont tout autant destructrices pour ces espèces. Parmis elles, on ne peut omettre d'en citer quelques unes, qui convergent toutes vers un même phénomène : la diminution des populations.

L'exploitation à grande échelle des ressources forestières, bien que non destructrice vis-à-vis des animaux en eux même, a mis en péril leur principal habitat qu'était les forêts. Ce faisant, l'homme a modifié structurellement le biotope des herbivores et des carnivores de façon différente. Cette modification pour des espèces telles que le chevreuil a une résultante limitée, du fait du « petit » territoire requis par l'espèce, dont le déclin est plutôt du à une surchasse ou a des périodes climatiques difficiles. Cependant, elle a impacté les populations de grands prédateurs avec plus d'ampleur.

Fermement liée avec l'exploitation des ressources, la population nationale et la taille des villes se sont considérablement agrandies au cours du XIXème et du XXème siècle. En campagne, bien que la population ait aussi augmenté, le principal problème est plutôt lié à l'expansion des communes, qui s'étalent sur des surfaces disproportionnées par rapport à leur population. La France, avec ses 36000 communes détient un record : elle a d'autant plus répercuté le phénomène qu'il a fallu au moyen de routes et de lignes de trains relier l'ensemble de ces communes, qui font ressembler le territoire vu du ciel à une vaste toile désorganisée. L'effet conjoint de tous ces facteurs est dramatique pour ces espèces. Leurs territoires furent réduits, divisés par des routes ou des structures augmentant leur mortalité.

Cependant la fin des années 1970 marque une prise de conscience au sein de la communauté naturaliste sur l'importance des populations de grands carnivores. S'en suivront des réintroductions, officielles et officieuses, à différents degrés de réussite. Il nous tenait à coeur d'illustrer un exemple de réussite, qui plus est celle d'un animal emblèmatique de nos régions : le lynx.

 

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L'historique d'un succès : Le retour du lynx dans les Vosges

Le lynx boréal (Lynx lynx) est le plus grand représentant des félins en Europe. Ses proies principales dans nos régions peuvent varier selon l'abondance locale, mais sont généralement représentées par les chevreuils, dans les Vosges, et le chamois dans les zones de moyenne montagne . Son domaine vital étant très étendu les densités de populations sont très faibles, et il est donc peu aisé d'observer le lynx dans son milieu naturel. De plus, étant assez discret par nature (et non craintif !), il est souvent plus facile d'observer les traces qu'il laisse que de le voir directement. Très bon chasseurs, les lynx peuvent permettre une régulation efficace des populations de moyens herbivores (ongulés pour la plupart), qui causent parfois des dommages au sein des forêts du fait de leur abondance.

Depuis une trentaine d'années, le lynx s'est progressivement réapproprié le territoire, de façon naturelle ou non. D'une part grâce à des réintroductions dans des pays frontaliers ainsi qu'en France et, d'autre part, par la reconquête naturelle de territoires vierges grâce aux “berceaux de populations” que peuvent devenir les zones de réintroduction.

Dans les Vosges, la réintroduction a débuté en 1983. Elle a été suivie par l'Office National de le Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) grâce à l'équipement de tous les animaux relâchés d'un collier GPS. Cette méthode, bien qu'efficace, a été progressivement abandonnée pour des raisons budgétaires et parce qu'il devenait délicat de ré-équiper les individus de seconde génération. Pour contrebalancer cette perte d'outil de suivi, l'ONCFS a pu s'appuyer sur le Réseau Lynx , réseau créé en 1988 (et qui a depuis fusionné avec le réseau Loup), afin de pérenniser le suivi des populations.

Le réseau Lynx en quelques mots

Le réseau Lynx est un ensemble de correspondants qui ont été formés à reconnaître le lynx, à le pister, à connaître sa biologie, son comportement et tout ce qui s'y rapporte.
Une fois formés, les correspondants font partie du réseau. Le repérage du lynx, bien qu'il ne soit pas une obligation, fait souvent partie du travail des membres (personnes travaillant à l'ONF, ONCFS, naturalistes, photographes, chasseurs...). Si des indices de présence sont observés lors de sorties (crottes, traces, carcasses de chevreuils attaqués par un lynx), les informations sont retransmises à l'ONCFS qui centralise les zones de présences de l'animal. Toute donnée n'aura pas le même poids pour l'ONCFS qui pourra pondérer l'observation comme “confirmée” si elle est faite par un naturaliste ou un membre du réseau lynx, à “douteuse” s'il a été aperçu par un randonneur isolé qui aurait pu le confondre avec un de ses petits cousins tel le chat forestier. Dans la plupart des cas, quand une dépouille attaquée par un lynx est retrouvée par un membre du réseau, un piège photographique peut être posé afin de le prendre en photo quand il reviendra s'y nourrir ; point de gaspillage chez cette espèce !

Ce réseau, toujours actif aujourd'hui, compte un nombre croissant de membres depuis sa création, preuve de l'intérêt porté à l'espèce.

Ce qu'il faut retenir...


Les grands carnivores ne sont pas les seuls à pâtir des activités humaines mais, étant en haut des chaînes trophiques, ils peuvent en souffrir plus durement. Sur un territoire géographique défini, des actions de réimplantation peuvent être tentées, avec succès ou non. Dans tous les cas, ces actions sont dépendantes de nombreux facteurs, du social à la biologie de l'espèce, et le moindre blocage peut engendrer un échec du projet.
La ré-implantation effective d'un grand carnivore étant un travail de longue haleine, des protocoles de suivi de la population demeurent indispensables, avec un travail de concertation de l'ensemble des acteurs concernés sur la zone d'acceuil.
Actuellement, les Vosges sont le théâtre d'une recolonisation spontanée par un autre carnivore : le loup (Canis lupus). Absent de nos régions depuis le début du XXème siècle, il aurait été aperçu en avril 2011 sous la forme d'un éclaireur isolé d'origine polonaise. Bien qu'il faille rester prudent quant aux informations sur leur retour ainsi que sur leur implantation à long terme, les futurs suivis, probablement relayés par des éleveurs et des observateurs isolés dans un premier temps, permettront de vérifier le succès de leur recolonisation des montagnes vosgiennes. Le loup : sur les traces du lynx ? 

 

Jean-Vincent BELLIER & Pierre Alain POTTIER

 

 

 

 Pistes pour aller plus loin

 
 "Sur la piste du Linx"
Livre d’Alain Laurent 
Juin 2009
Editions Saint Brice 

 
Pour devenir correspondant 
du réseau lynx :

LIEN

 

Pour s'informer :
Le bulletin lynx 

LIEN

 le site de ONCFS
Office National de la Chasse
et de la Faune Sauvage

 Carte de répartition du Lynx
en France en 2007

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