Parole P24 - Les négociations climatiques refroidissent pendant que la planète se réchauffe !

13/01/2012

La dernière conférence des parties de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCUNCC), qui se tenait à Durban (Afrique du Sud) du 28 novembre au 10 décembre derniers, aura été la démonstration flagrante du manque d’intérêt général - notamment des médias - pour la question.En dehors de la question du nucléaire, le débat environnemental est d’ailleurs pour l’instant tristement absent de la campagne électorale pour les prochaines présidentielles.

Depuis la crise financière de 2008, les gouvernements en prise avec la conjoncture économique difficile ont relégué la question du changement climatique (et la crise environnementale en général) au bas de la liste de leurs préoccupations. Et oublient une fois de plus que si les difficultés économiques actuelles ont été à l’origine déclenchées par la gestion désastreuse des grandes banques commerciales, elles sont loin d’être terminées dans un contexte de hausse constante des prix du pétrole (aujourd’hui à environ 100 $ le baril) et de l’énergie en général. Que l’environnement, la société et l’économie sont intimement connectés et que toute notre économie est basée sur des ressources naturelles limitées. Mettre en place dès maintenant des mesures ambitieuses pour freiner le changement climatique nous permettrait aussi d’évoluer le plus rapidement possible vers une économie décarbonée, seule solution dans une situation de raréfaction des énergies fossiles.

Les enjeux climatiques sont pourtant de taille. Si Durban aura permis d'arracher à la dernière minute la promesse d’un pacte mondial pour 2015, les mesures actuelles sont bien loin de nous permettre d’atteindre l’objectif des fameux 2°C de réchauffement fixés par le GIEC comme la limite à ne pas dépasser. Au train où vont les choses, on se dirige plutôt vers 3,5°C. Seulement 5 petits degrés nous séparent de la température moyenne du dernier âge glaciaire, alors on peut sérieusement se demander à quoi notre planète ressemblera avec cinq degrés en plus.

Plus le temps passe, et plus nos choix s’amenuisent; au final c’est la planète qui fera les choix pour nous.


Décryptage de la conférence de Durban

Le dernier sommet sur le climat aura été une fois de plus la démonstration de l’inefficacité des négociations internationales en matière de climat. Les parties auront quand même réussi à arracher quelques avancées à la dernière minute mais aucune n’est juridiquement contraignante. Elles s’articulent autour des trois éléments suivants :

  •  Le prolongement du protocole de Kyoto après 2012 : le calendrier de cette deuxième phase d’engagement devrait être fixé l’année prochaine. Ce sera sans le Canada, le Japon et la Russie qui sortent du protocole qui donc incluera seulement 15% des émissions mondiales.
     
  • L’adoption d’une feuille de route vers un accord global incluant tous les pays, à signer pour 2015, et entrant en vigueur au plus tard en 2020
     
  • La mise en opération du Fonds Vert créé à Cancun, pour aider les pays en développement à faire face au changement climatique. Le financement devrait attendre 100 milliards de dollars par année en 2020, mais les modalités d’alimentation de ce fonds n’ont toujours pas été fixées.

Regards croisés sur le réchauffement climatique : entretien avec 2 éco-conseillers en formation

Bonjour, depuis septembre vous êtes en formation à l’Institut ECO Conseil/INSA Strasbourg.
Quel était votre ressenti comme citoyen avant le début de la conférence de Durban ?

Le citoyen…. serein car on n’a rien vu, rien entendu. Aucun média grand public n’en a parlé, aucun titre dans la presse écrite, aucune page visible sur le net.
De ce fait notre côté citoyen ou habitant de la terre a très peu à dire, très peu à penser et puis… c’était juste avant les fêtes de fin d’année.

Et le professionnel ?

Le professionnel… inquiet. Inquiet car la crise que nous vivons fait oublier l’enjeu de cette conférence. Pour preuve, nous avons voulu connaître les préparatifs, prendre la température du déroulement. Nous avons cherché sur tous les supports médiatiques conventionnels et sincèrement nous avons trouvé peu de choses. La non communication laissait déjà présager la suite des évènements, avec un espoir tout de même.
Mais bon, on se rassure comme on peut, notre travail est loin d’être fini dans ces conditions ; la raison d’être des éco-conseillers est plus que jamais d’actualité. Sans problématique climatique on n’aurait plus de travail (large sourire crispé, comme si un éco-conseiller pouvait penser par opportunisme).

Et d’après vous, pourquoi en entendons-nous si peu parler ?

Parce que des enjeux politiques et économiques importants se cachent derrière les négociations internationales. La Chine doit renouveler son administration cette année, la campagne présidentielle américaine démarre et bien entendu nous avons les élections présidentielles et législatives en France. Chacun à son niveau veut conserver sa place.
Du point de vue économique, la crise est bien ancrée, et personne ne veut prendre position sur cet enjeu climatique. Les individus associent lutte climatique à moins d’activité économique donc aggravation de la crise, ce qui est totalement absurde.

Pendant la conférence avez-vous eu des retours ?

Nous allons vous décevoir mais le retour médiatique était comme une mer d’huile, le calme plat. Nous étions impatients que le dernier jour de conférence arrive pour connaître enfin notre avenir. Et là, mauvaise surprise, on joue les prolongations.
Durban a enfanté dans la douleur, une sorte de poursuite de Kyoto, mais surtout avec des parents absents: USA, Inde, Chine qui rejoindraient le protocole pour la première fois en 2015 et le Japon, Russie et Canada qui sont partis.

Donc les négociations internationales sont en rade. Y a-t-il quelque chose que chacun puisse faire à son échelle ?

ll ne suffit pas de grand-chose, si chacun fait un geste de son côté tous ensemble on peut vraiment faire une différence. Repenser sa façon de se déplacer, de s’alimenter, de consommer… Prendre conscience de notre impact sur la planète et vivre en connexion avec ce qui nous entoure, retourner à l’essentiel, aux sources. Nous avons déjà de nombreuses solutions qui nécessitent seulement un changement de nos comportements.

 

 

« Quand le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson pêché, alors vous découvrirez que l’argent ne se mange pas » (proverbe cree).

 Loin de nous l’idée de vouloir jouer les prophètes de malheur. Simplement nous pensons qu’il est temps de sortir la tête du sable. Parce des solutions existent pour construire une société plus respectueuse de l’être humain et de son environnement et assurer un avenir à nos enfants.

 

Marianne CREVON & Aurélien FAROCHE

 

 

Historique 

 


 

     1988 : Création du Groupe d’Experts 
     Intergouvernemental sur l’évolution
     du Climat (
GIEC

     Il a pour mission d’évaluer les informations
     nécessaires pour mieux comprendre
     les fondements scientifiques des risques
     liés au changement climatique, cerner ses
     conséquences possibles et envisager
     des stratégies d’adaptation et d’atténuation.

 

     1990 : Publication du 1er rapport du GIEC

 

     1992 : Sommet de la Terre (Rio)

     Création de la Convention Cadre des 
     Nations Unies sur le Changement
     Climatique (CCUNCC)
     Elle est ratifiée par 186 pays et
     entre en vigueur en 1994.

 

     1995 : Première Conférence des Parties
     (COP1) de la CCUNCC à Berlin
     Publication du 2ème rapport du GIEC

 

     1997 : Création du Protocole de Kyoto

     Il fixe des objectifs contraignants de
     réduction des émissions de GES
     de 5,2% sous les niveaux de 1990
     d’ici 2012 pour les pays industrialisés
     (pays de l’annexe I).
     Il entre en vigueur en 2005.

 

     2001 : Publication du 3ème rapport du
     GIEC

 

     2007 : Publication du 4ème rapport du
     GIEC

 

     2009 : Accord de Copenhague (COP15)

     Juridiquement non-contraignant,
     il vise à réduire de moitié les émissions
     de GES d’ici 2050 par rapport à 1990.

 

     2010 : Accord de Cancun (COP16)

     Il s’engage à créer un Fond Mondial Vert
     pour le Climat, pour aider les pays pauvres
     à s’adapter au changement climatique.

 

     2011 : COP17 à Durban

 

 

 Pour aller plus loin

 


 

Ministère de l'écologie,
du développement durable,
des transports et du logement

Réseau Action Climat France

Manicore

Réduire ses émissions
de gaz à effet de serre :
20 gestes simples au quotidien




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