Première "parole" d'étudiants de la Promo 27 : Pour une métamorphose agricole !

10/11/2014

Face aux enjeux environnementaux et alimentaires, l’agriculture intensive d’après guerre issue de la révolution industrielle peut laisser la place à des pratiques respectueuses de la planète et réalistes sur le plan économique.  Comprendre ces alternatives est un facteur essentiel de leur développement.


La naissance de l’agriculture intensive

A la sortie de la 2eme Guerre Mondiale, la reconversion de l'industrie militaire à des fins civiles a permis le développement d’une industrialisation de l’agriculture que l’on nommera, quelques années plus tard, la “révolution verte”. C'était le début de l'agriculture que l'on nomme aujourd'hui « conventionnelle ».

Ses caractéristiques : une forte mécanisation, une intensification de la production de céréales destinées à l’élevage, une importante irrigation ainsi qu’un recours massif au pétrole sous forme de carburant, d’engrais et de produits phytosanitaires (intrants chimiques). Porté à la fois par une forte volonté politique, avec le plan Marshall, et par un besoin de répondre à la demande croissante de nourriture liée au “baby boom” d’après guerre, ce mode de production agricole demandant peu de main d'œuvre, se développe rapidement, libérant la force de travail de la population rural pour la reconstruction. De façon concomitante, on vit le développement de l'industrie de masse et du secteur tertiaire durant « 30 glorieuses » années de croissance et d'exode rural.

Pourquoi en sommes nous arrivés là ?

Si les choix politiques et les stratégies industrielles peuvent avoir eu un poids important dans cette dynamique historique, il convient de souligner leur cohérence avec la dynamique socio-économique et culturelle de l'époque. Dans le contexte de l'après-guerre, on prend conscience de l'état d'esprit général ayant conduit à la situation que nous connaissons aujourd'hui. Les « 30 glorieuses » sont marquées par :

  • une forte croyance dans le progrès technologique comme vecteur de bien être pour tous,
  • l'abondance énergétique liée au pétrole,
  • les énormes progrès scientifique et technique avec la maîtrise de l’énergie (pétrole, hydroélectricité, puis nucléaire militaire et civile… ) et la conquête spatiale entre autres,
  • un productivisme très largement partagé par les visions socialistes et capitalistes de l'avenir... (voir note).

Avec les premières images de la terre vue de l'espace, le rapport du Club de Rome (The limites to growth, 1972), l'augmentation des accidents industrielss ainsi que le premier choc pétrolier commence à se développer une conscience collective de notre impact sur l'écosystème terrestre et surtout sa nécessaire préservation. C'est de cette époque que date l'émergence de l'écologie politique, il fallut une vingtaine d'année pour que le 2ème sommet de la Terre (Rio 1992) valide le concept de « Développement Durable »…

 Une génération plus tard, le thème de la préservation de l'environnement s'immisce inexorablement dans tous les domaines socio-économiques... De là à avancer l'hypothèse d'une intégration culturelle progressive de cette thématique, il n'y a qu'un pas... Avec près de 70 ans de recul, ce modèle d'agriculture montre son impact écologique, ses excès, ses limites et même son caractère destructeur pour l'écosystème.

Les conséquences de l’agriculture intensive

Suite à la généralisation de l’agriculture intensive, on dresse aujourd’hui un constat alarmant en ce qui concerne la pollution des eaux, l’épuisement des sols, l’érosion des terres arables... L'agriculture conventionnelle conduit aujourd'hui, sur le plan mondial, à abandonner des sols de culture qui voient leurs rendement plafonner ou chuter. Remplacer ces surfaces par de nouvelles terres de cultures nécessite la réaffectation de terres forestières s'accompagnant de la destruction des écosystèmes et réduisant chaque année la capacité de recyclage du CO2 atmosphérique. Tous ces phénomènes trouvent leurs origines, pour une part importante, dans le modèle agricole établit avec la « révolution verte ».

Des effets négatifs ….

Si l’agriculture intensive induit une évidente efficacité à court terme, le labour profond et le recours aux engrais chimiques rompt le cycle de régénération des sols en y détruisant la faune et la flore et en stoppant l’apport de matière organiques nouvelles. Les bactéries toujours présentes consomment alors le stock d'humus, le minéralisant en éléments solubles assimilables par les plantes. Certes, cela augmente temporairement les rendements...
Ce stock accumulé dans les sols au fil des siècles sous forme de complexe argilo-humique est peu à peu dégradé par les bactéries. Les terres cultivées manquent de matière vivante pour stabiliser leur structure ainsi que d'organismes pour assurer leur décompaction et leur porosité. Les sols s'épuisent, se tassent sous le poids des engins agricoles, formant une semelle de labour argileuse et compacte qui freine la pénétration racinaire des cultures. Les eaux de pluies ne pouvant plus s’infiltrer rapidement, s’accumulent et ruissellent en surface, emportant avec elles les couches supérieures. Au fil du temps, toujours plus d'intrants de synthèse sont nécessaires pour compenser la disparition de l'humus. Les éléments chimiques non-consommés par les cultures s'accumulent dans les nappes phréatiques elles-mêmes sous alimentées en eau.


Effet de serre …..

L'utilisation des combustibles fossiles et la dégradation des intrants chimiques combinés à la minéralisation de la matière organique contribuent fortement à l’émission de gaz à effet de serre (GES). La disparition de la faune et de la flore représentent la destruction du puits de carbone que constituerait la régénération de la « biomasse » vivante dans les sols cultivés.
L'agriculture conventionnelle telle qu'elle est pratiquée depuis près de 70 ans contribue au réchauffement climatique et ne s’inscrit pas dans une démarche de développement durable. Cette situation préoccupante nous encourage à nous orienter vers une transition pour une agriculture intégrée au cycle naturel de la vie des sols.

Retour vers un cycle naturel comme remède

Les ravages du modèle agricole encore largement dominant, s’ils mettent en péril notre sécurité alimentaire, peuvent néanmoins ouvrir des perspectives. Depuis les années 70, de nombreuses expériences ont été menées par les pionniers de l'écologie. Dans le domaine agricole, des mouvements citoyens se structurent en réseau dans le monde entier autour de modèle tels que la permaculture, l'agroécologie, l'agriculture biologique et biodynamique. Ces mouvances ont généré un corpus de connaissances empiriques et scientifiques qui représentent aujourd'hui une ressource précieuse. Toutes ces pratiques placent au centre de leur réalisation un principe de synergie avec les cycles naturels. Si elles se généralisaient, quels seraient leurs impacts sur l'émission de GES ?

Un puits de carbone ….

L'observation des écosystèmes nous apprend que la “biomasse vivante” est, en elle-même, un formidable puits de carbone. Elle utilise l'énergie solaire pour transformer le CO2 atmosphérique en matière organique. Ce carbone est alors stocké durablement dans la chaîne alimentaire (dit cycle trophique), d'abord sous forme végétale puis sous celle des êtres vivants qui s'en nourrissent. En adoptant des pratiques agricoles s'appuyant sur la prospérité de la vie des sols, le bilan carbone de cette activité humaine peut-être positivement inversé.

Une pratique alternative

Des pratiques sans labour sont aujourd'hui éprouvées à différentes échelles et rendent possible ce retournement de situation. En cessant de labourer les sols, ceux-ci retrouvent la stabilité dont la vie a besoin pour prospérer spontanément. Les racines sont décomposées par la faune profonde (endogée), rendant le sol riche, stable et poreux, propice à l’absorption des eaux de pluie. En laissant en permanence une couverture de matière organique sur les sols, tout l'écosystème qui s'y développe est protégé des chocs thermiques et profite d'une humidité durable. Les vers de terre prospèrent et brassent le sol par leurs allées et venues incessantes entre les profondeurs et la surface ou se forme l'humus. Ils produisent le complexe argilo-humique : terre riche en matière organique fixant durablement le carbone et capable d'absorber une grande quantité d'eau.

Des bénéfices ….

En augmentant la vitalité des sols et la prolifération de la « matière organique » vivantes, c'est autant de carbone qui n'est pas ré-émis dans l'atmosphère sous forme de gaz carbonique. Il est stocké durablement sous forme de complexe argilo-humique. En cela, il est possible de développer une agriculture permettant de :

  • re-créer des puits de carbone absolument naturel,
  • favoriser le maintien de la biodiversité,
  • réduire drastiquement l'irrigation,
  • limiter l’utilisation des engrais chimiques.

La technique du “semis direct sous couvert végétal” a été développée dans le but de rendre possible une transition agricole vers un modèle durable. Entre deux cultures classiques, le labour est remplacé par la mise en place d’une culture intercalaire diversifiée, destinée à nourrir et « travailler » le sol. Celle-ci limite le développement des “mauvaises herbes” (adventis), structure le sol, récupère les surplus d’engrais de la culture précédente et les maintienne en surface évitant les pollutions des nappes phréatiques tout en réduisant la quantité d’intrants nécessaires au fil des ans. Elle assure la permanence du cycle trophique tout au long de l'année.

Si elle est adoptée a grande échelle, cela peut nous conduire à une métamorphose de notre agriculture en transformant, dans une forte proportion, les émissions de CO2 en captation !

 Vers une transition agricole

La mise en place de cultures intercalaires diversifiées est d'ores et déjà utilisée dans le monde mais peine à se développer. La technique du “semis direct sous couvert végétal” a démontré sa pertinence et son efficacité à grande échelle. Sa généralisation est économiquement réaliste car elle réduit les coûts d'exploitation (par la réduction des besoins en irrigation, en carburant et en intrants chimiques) tout en préservant les rendements. Elle ne nécessite pas plus de main d'œuvre. De plus, elle peut également être combinée avec la pratique de l'agroforesterie.

Ces bénéfices de ce modèle ne se limitent donc pas à une réduction importante des émissions de GES (CO2, protoxyde d’azote…). Outre des gains économiques directs pour les agriculteurs en termes de coût d'exploitation, ils représentent une opportunité de réduire de façon importante les pollutions des nappes phréatiques et des cours d'eau. Les perspectives de réduction indirectes des coûts pour la collectivité sont multiples :

  1. moins de traitement des eaux
  2. restauration des écosystèmes
  3. préservation des réserves d'eau
  4. réduction des inondations

Sans prétendre à une solution miracle, ces atouts peuvent encourager l’adhésion de tous les acteurs territoriaux à une transition pour laquelle les freins semblent, en grande partie, culturels.

 

Christophe DUMONT GIRARD et Simon ZANETTA

 

 

 

*** Pour aller plus loin ***

 


 

Des articles 

 


 

 Série d’articles sur le semis direct

 Le rapport du club de Rome

 Agriculture durable

 Le semis sous couvert végétal

 


 

Des études

 


 

Du labour au semi direct 

 Etude comparative

 Etude du Réseau Action climat
et de la fondation Nicolas HULOT

 Etude INRA :
“Quelle contribution de
l’agriculture française à la
réduction des émissions de GES ?”

 

 


 

des vidéos

 


 

Claude Bourguignon
Protéger les sols pour
préserver la biodiversité

 Aux Etats-Unis, la révolution agricole
du "sans-labour" a commencé

 Le semis direct sous couvert :
une solution contre
l'appauvrissement des sols

Le tracteur à chenilles
aux Etats-Unis

 L'Europe regarde vers l'avenir




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