Parole P27 - Des insectes dans nos assiettes pour sauver la planète ?

10/03/2015

En 2050, il faudra nourrir 9 milliards d'humains. Or, nos traditions alimentaires ont un impact certain sur l'environnement. Une solution fait peu à peu son chemin : la consommation d'insectes...

Cette pratique qui consiste à se nourrir d’insectes, appelée entomophagie, est une des réponses avancées par la FAO pour relever le défi alimentaire de demain. La faim dans le monde est un enjeu transverse qui ne se limite pas à la simple capacité de production. L’augmentation estimée de la population, la perte des espaces agricoles au profit de l’urbanisation et la question de la durabilité des ressources vu le dommage environnemental de nos modes actuels de consommation (viande, poisson…) sont autant de paramètres à considérer.

Et si l’élevage d’insecte à destination de l’alimentation humaine et animale présentait toutes les caractéristiques du développement durable ?


Consommer des insectes, c'est bon pour la santé, pour l'environnement et les finances

• Bon pour la santé

Il est largement admis que les insectes offrent un cocktail nutritif comparable à celui de la viande de boeuf. Ils sont riches en fibres et en oligo-éléments tels que le cuivre, le fer, le magnésium, le manganèse, le phosphore, ou encore le sélénium et le zinc. Par ailleurs on constate dans la composition de nombreux orthoptères (grillon, sauterelles,…) et lépidoptères (vers à soie, vers de bambou,…) une importante présence de calcium, potassium et vitamines A, B2 et C.

Les insectes affichent en outre un faible risque de transmission de maladies zoonotiques (maladies transmises des animaux aux humains) comme la grippe aviaire, porcine ou la maladie de la vache folle. La raison ? Les animaux traditionnels que nous consommons sont beaucoup plus proches des humains dans l’arbre de l’évolution que les insectes. Ainsi, de nombreuses maladies qu’on retrouve chez les animaux traditionnels peuvent se développer en mutant chez l’être humain.

• Bon pour l'environnement

Plusieurs études scientifiques ont permis de mettre en évidence des liens entre l’entomophagie et le maintien de la biodiversité. Au Malawi, la consommation et la récolte contrôlée d’une espèce de chenille ont permis la sauvegarde de leur arbre hôte et ainsi la préservation de la chenille. Par ailleurs l’entomophagie à destination des animaux d’élevage, permettrait de réduire l’impact sur les prélèvements du milieu naturel (cas des poissons d’élevage actuellement nourris avec des poissons sauvages).

La préservation des ressources est l’avantage environnemental majeur d’une alimentation à base d’insectes. Les insectes sont des animaux à sang froid et possèdent ainsi un taux de conversion alimentaire extrêmement élevé. Autrement dit, il faut cinq fois moins de masse végétale pour obtenir la même quantité de protéines d’insectes comestibles que de bœuf.

Dans la même logique l’élevage d’insectes demandent beaucoup moins d’eau que l’élevage de bétail conventionnel (porcs, bovins…), est économe en surfaces et en énergie et sont susceptibles d’émettre de 10 à 100 moins de gaz à effet de serre par kilogramme.

Le taux de reproduction élevé
(environ 1300 œufs tous les trois mois pour le grillon) permet d’envisager l’élevage d’insectes pour l’alimentation grande échelle et de revoir les modèles d’élevages intensifs. Remplacer peu à peu viande et poisson par fourmis et sauterelles est peut être une opportunité de dire au revoir aux fermes usines.
Il y a beaucoup d'insectes dans la nature, mais un prélèvement important pourrait impacter la biodiversité. C'est bien sous forme d'élevage que la démarche prend tout son sens.

• Bon pour les finances

Contrairement aux bovins, l’élevage d’insectes ne requiert pas l’utilisation ou la possession de terres ni d’investissements de démarrage importants. De plus, les insectes peuvent être transformés pour l’alimentation humaine et animale de manière relativement simple et donc à faible coût de production. Comme les opportunités ne manquent pas, les insectes peuvent encore être transformés en pâtes ou broyés en farine, et leurs protéines peuvent être extraites et multiplier les usages.

Tous les ingrédients semblent réunis pour sauter le pas....

L'entomophagie, ça vous dit ?

A la question "êtes-vous prêts à manger des insectes?", les français répondent en grande majorité non. La réticence de la population est liée avant tout à un obstacle psychologique : les insectes sont perçus comme des parasites peu attrayants, qui nous amènent à les repousser. L'idée en dégoûte plus d'un.

Et pourtant, la consommation d’insectes ne constitue pas une pratique nouvelle en Europe. Les insectes font partie de l’alimentation humaine depuis l’Homo Sapiens et plus proche de nous, on trouve des traces de cette pratique depuis l’antiquité. Le philosophe grec Aristote (384-322 avant J.C.) faisait l’éloge des nymphes de cigales. Les romains quant à eux se délectaient des larves de scarabées.

Aujourd'hui, l’entomophagie est une pratique courante dans plus d’une centaine de pays : Mexique, Thaïlande, Laos, Afrique du sud, Botswana, Colombie, Venezuela,… représentant près de deux milliards de consommateurs. 1 900 espèces environ sont comestibles1 , et dans la plupart des cas, les insectes tiennent une part importante dans le régime alimentaire des populations concernées. En Thaïlande, par exemple l’insecte est une friandise ou un amuse-bouche, consommé pour son goût et non pour le manque de ressources alimentaires. Au Mexique, l’apéritif avec la chenille du papillon ravageur de l’agave que l’on fait frire ou avec des œufs de fourmis consommés avec une sauce à l’ail est monnaie courante.

Beaucoup de ces insectes comestibles sont des insectes familiers que l’on côtoie régulièrement. Fourmis, termites, grillons, criquets, chenilles et sauterelles sont par exemple des mets de choix dans de nombreux pays.

 Les insectes peuvent être déclinés à toutes les sauces : vivants, nature, frits ou bouillis, caramélisés, seuls ou accompagnés, consommés directement ou vendus sur les étals des marchés.

Les goûts sont très diversifiés. La texture croustillante du criquet rappelle les noix ou encore le pop-corn. Les larves d’abeilles, auraient un goût rappelant l’arachide ou les pignons de pin et les amandes. Le ver à soie évoquerait pour sa part le beurre de cacahuètes, lorsqu’il est bouilli. Certaines fourmis, surtout consommées en Amazonie, auraient un goût acide, rappelant le citron.

Manger des insectes ne fait pas partie de nos traditions culinaires, mais nous sommes capables de changer de position. La preuve : de plus en plus de gens se disent tenter et les insectes commencent à garnir la carte de certains restaurants. A table !

 

Sabrina Monribot et Audrey Sampedro Lopez

 

 

En savoir plus

 

 


 

 INFOGRAPHIE

Les insectes vont-ils
nourrir la planète ?

Article de la FAO*

Les insectes pour l’alimentation
humaine et animale

Publication de la FAO*

Insectes comestibles :
perspectives pour
la sécurité alimentaire
et l’alimentation animale

Site internet

mangeons-des-insectes.com

 

* : FAO - Food and Agriculture Organization
of the United Nations
(Organisation des Nations Unies
pour l’alimentation et l’agriculture)

 




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