Parole P25 - Quinoa : controverse autour d’un super-aliment

10/03/2013

2013 a été déclarée « année internationale du quinoa » par l’ONU. L’occasion pour nous de faire le point sur cette graine aux qualités nutritives et agricoles exceptionnelles dont la production, en plein boom depuis une trentaine d’années, n’est pas sans conséquences. Retour sur le succès controversé du quinoa.


Un super-aliment

Drôle d’aliment qu’est le quinoa1. Il ressemble à une céréale, se consomme comme une céréale, mais ce n’est pas une céréale. En effet, cette plante herbacée fait partie de la famille des Chénopodiacées, comme la betterave et l’épinard.

Les qualités nutritives du quinoa sont exceptionnelles, à un tel point qu’on le qualifie de super-aliment et que la NASA pense en faire l’aliment de base des astronautes ! En effet, comme les céréales, il est riche en glucides, mais ne contient pas de gluten. Extrêmement riche en protéines2 et en fer, c’est un allié idéal des végétariens. Il est également riche en fibres et minéraux, et pauvre en lipides.

On retrouve le quinoa sous différentes formes : graine, farine, flocon, soufflé, flakes, lait. Il se consomme aussi bien sucré que salé. Avant de cuisiner le quinoa, veillez à bien le rincer à l’eau plusieurs fois pour enlever la saponine, une résine amère qui permet d’éloigner naturellement les ravageurs.

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Une culture facile

Il est cultivé depuis plus de 5000 ans dans les Andes, en Amérique du Sud. Selon la FAO, 92% du quinoa mondial est produit par le Pérou et la Bolivie, respectivement 1er producteur et 1er exportateur.

Les graines de quinoa ne nécessitent pas de traitement pour être cultivées, c’est pourquoi, elles sont presque toujours commercialisées sous le label « agriculture biologique ». Le quinoa s’adapte à tout type de terrain, de climat et d’altitude. Preuve de son extrême résistance, la première région productrice est l’Altiplano, une plaine située au cœur de la Cordillère des Andes, à plus de 4000 m d’altitude, où les sols pauvres subissent sécheresse, gel, vent violent et forte radiation solaire.

 

Les Nations Unies ont déclaré 2013 « année internationale du quinoa ». C’est une véritable reconnaissance de la qualité nutritionnelle du quinoa mais aussi et surtout des peuples andins qui sont parvenus à maintenir la diversité génétique de cette plante grâce à leurs connaissances et techniques ancestrales.

Le boom de la production

Le quinoa connaît un boom de production depuis les années 80 : il est passé d’une culture d’autosubsistance à une production commerciale pour l’exportation. Produit phare de l’alimentation bio, diététique et du commerce équitable, il séduit de plus en plus les consommateurs des pays du Nord, notamment américains et européens.

Le prix au quintal (100 kg) est passé de 3,80€ dans les années 70 à plus de 210€ aujourd’hui. Entre 2002 et 2007, le volume des exportations boliviennes a été multiplié par cinq. En six ans, entre 2007 et 2013, le prix de la tonne de quinoa royal sur les marchés internationaux a été multiplié par 3 (890€ en 2007, 2450€ en janvier 2013).

Un tel succès conduit forcément à de profonds bouleversements environnementaux, sociaux et économiques.
 

Les andins mangent-ils encore du quinoa ?

On a pu lire dans la presse notamment dans un article du Guardian4que la hausse du prix du quinoa est telle que les péruviens et boliviens ne peuvent plus se permettre d’en manger, et sont ainsi contraints de remplacer leur aliment de base par du riz ou des pâtes. Ce raccourci s’avère en réalité un peu simpliste.

L’ONG Andean Information Network5 (réseau andin d’information) analyse la situation de façon plus nuancée. L’impact de la hausse des prix alimentaire est bien plus complexe. Le prix élevé du quinoa est une aubaine pour les fermiers de l’Altiplano puisqu’il a permis d’accroître leurs revenus et de leur offrir une stabilité économique. La région connaît une hausse généralisée du niveau de vie et un meilleur accès à l’éducation, la santé et aux biens de consommation. La hausse des prix a aussi permis de freiner l’exode rural. Cependant, l’organisation sociale a été affectée. Les fermiers ont du s’organiser en coopératives et associations de producteurs afin d’avoir un plus grand contrôle sur les marchés internationaux, mais aussi pour obtenir plus de droits sociaux et économiques.

L’entreprise Alter Eco, spécialisée dans l’importation de produits issus du commerce équitable, affirme que les fermiers continuent de manger du quinoa, notamment des variétés différentes de celles exportées. Les producteurs, qui ne sont pas sous les termes du commerce équitable (ils ne sont pas la majorité), se réservent une partie de leur production pour leur consommation personnelle. Les fermiers ne souffrent donc pas de la hausse de prix du quinoa, ce qui n’est pas le cas des citadins qui doivent payer davantage pour s’en procurer.

Didier Bazile, agroécologue au CIRAD6 ayant travaillé 5 ans en Amérique du Sud sur le quinoa, tempère cette dernière affirmation. En effet, les populations locales consomment majoritairement des variétés locales qui ne sont pas destinées à l’exportation et qui sont donc moins chères.

Des conséquences néfastes sur l’environnement

Les problèmes posés par le quinoa sont en réalité essentiellement environnementaux. Le passage d’une production d’autosubsistance à une production d’exportation a entraîné des modifications des modes de culture.

Traditionnellement, les producteurs pratiquaient, sans le savoir, l’agroécologie : rotation, association de cultures (on plante plusieurs plantes sur une même parcelle), travail manuel, parcelles de petites tailles, partage des terres entre agriculture et élevage (le fumier servant d’engrais). Aujourd’hui, on constate de plus en plus de dérives : monoculture, travail mécanique, culture continue sans jachère, extension des surfaces cultivées sur des terres jusque là réservées au bétail. Les sols déjà pauvres s’épuisent rapidement et subissent une forte érosion éolienne.

Une production conflictuelle

Des tensions apparaissent entre les producteurs autour de l’accès à la terre et à l’eau. L’extension des surfaces cultivées (notamment dans les plaines jusque là dédiées à l’élevage de lamas et alpagas) provoque des conflits entre les paysans. En mars 2012, en Bolivie, deux groupes de paysans se sont affrontés avec des couteaux et des explosifs, faisant 25 blessés. Ils se disputaient une récolte de quinoa. En avril de la même année, un autre affrontement a fait 8 blessés.

Des conflits apparaissent également quand les paysans qui s’étaient exilés en ville reviennent dans les campagnes faire valoir leurs droits ancestraux sur les terres. Les paysans restés sur place supportent mal de voir leurs anciens voisins réclamer des terres qu’ils avaient abandonnées.

Pour discuter des points de blocage et identifier des solutions de gestion concertée de l’espace et des ressources locales, une réflexion a été engagée par Equeco avec les producteurs et les acteurs du territoire (coopératives, ONG, entreprises privées et institutions publiques). Equeco7est un programme de recherche-action pluridisciplinaire qui s’est interrogé sur la durabilité de l’agriculture au sud de la Bolivie. Des ateliers participatifs ont été organisés pour construire collectivement une vision durable et collective de l’agriculture. Cette prospective a permis de catalyser les initiatives vers un projet partagé de territoire : les anciennes pratiques ont été adaptées au nouveau système, le contrôle de la filière par les institutions a été renforcé et les communautés sont désormais plus résilientes.

 

Audrey JUMEAUX

1 : En français, le mot quinoa est masculin. Cependant, du fait que son genre soit féminin en espagnol et en quechua, l’expression la quinoa est également admise.
2 : Il contient tous les acides aminés essentiels (AAE) nécessaires à une alimentation végétarienne équilibrée. Les AAE sont normalement présents dans les viandes
3 : La pause quinoa, 33 rue du Jeu des Enfants, Strasbourg
4 : Article de Joanna Blythman du 16 janvier 2013 :
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2013/jan/16/vegans-stomach-unpalatable-truth-quinoa
5 :
http://ain-bolivia.org/2011/05/bolivian-quinoa-questions-production-and-food-security/
6 : CIRAD : Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement
7 Site d’Equeco : http://www.ird.fr/equeco/

 

 

 

En savoir plus... 

 

 Article de Didier Bazile

paru dans Perspective
(N°20, janvier 2013, Cirad)

Les paradoxes de la quinoa

Fiche N°364 de l’IRD
(Institut de Recherche pour le Développement)
janvier 2011,

La production de quinoa dans
l’altiplano sud de la Bolivie :
entre crises et innovations

Article d’Anaïs VASSAS
et Manuela VIEIRA

Recettes à base de quinoa

Découvrez la recette du moment :
Poêlée de brocoli au quinoa ! Miam !




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